Les Prèfs

Un et demi Coeur Fou

25/01/2013

«Les Parisiens nous surprenaient. Avec leurs onomatopées et leur sourire des fois, surtout le soir du bar caché, de la petite toilette et de la chicane principale.»

Photo : Maxime Dumontier

Son passeport avait passé dans la laveuse pis dans la sécheuse plein de fois de suite il perd toujours son portefeuille alors quand il sort dans les bars il doit montrer son document officiel au doorman. C’est pour ça qu’il passe souvent dans les machines il l’oublie toujours dans ses poches de skinny Altamon qu’il porte juste quand il fête n’importe quoi peu importe quoi.
Le jour ou les soirs tranquilles il porte son bas de pyjama ou l’été même il se risque à porter juste des boxers ça fait qu’on voit le fuck you et le bonhomme allumette qu’il a de tatoués sur chaque cuisse forte.
Son passeport était magané-criss mon père lui avait même fait remarquer qu’il vivait dangereusement avec son identité fripée.
Sa photo sérieuse presque déchirée rendait le douanier sceptique des yeux et du front et de la casquette moi je priais le Jésus du voyage derrière lui proche de lui les cheveux pognés dans son velcro de capuchon. J’essayais de faire des yeux de velours à celui qui allait peut-être lui trancher la tête ou plus doucement qui allait peut-être pas vouloir qu’on vole au-dessus de l’Atlantique.
Finalement le karma avait été fin et l’avion nous attendait au bout du couloir pas de chauffage on avait attaché nos coupe-vent autour de notre taille la mienne fine la sienne normale-gars une taille de gars là average mais forte ça se voit.
Dans l’avion j’écoutais «Deux Frogs dans l’Ouest» j’ai presque régurgit sur lui c’était pas un bon movie.
L’hôtesse de l’air était belle elle avait une tresse française parfaite sûrement qu’elle avait mis du spray net sur chaque couette j’peux pas croire qu’une tresse française puisse être belle de même sans spray net elle l’avait attachée avec un scrunchy en soie bleue comme son uniforme sûrement qu’elle avait l’tour avec les cheveux ou qu’elle avait une demi sœur bonne pour faire des tresses un des deux.
C’était du skills Français capillaire déjà.
Rendu là il pleuvait souvent mon père m’avait dit d’amener un parapluie j’avais acheté un parapluie avec un imprimé de Monet dessus pour être de contexte avec mon environnement je le traînais en l’appuyant sur mon épaule toujours prêt à me protéger la rousseur des ondulations.
Plus il pleuvait plus je me faisais dire que j’étais belle alors moins j’utilisais mon Monet finalement y’a pas servi ben ben juste peut-être pour la fois que j’ai imité un gars qui danse avec une canne pour je sais pu quelle raison j’imitais c’est tout sûrement pour le faire rire parce que quand il rit on dirait que la planète terre entière rit elle aussi au complette je me sens vraiment comme une drop out de l’école de l’humour.
On habitait dans un mini un et demi gros comme la chambre d’Harry Potter pas son placard mais sa deuxième chambre faut pas exagérer on pouvait circuler. On habitait-là avec un gars qui ressemble un peu à un Cupidon moderne il portait toujours une froc en jeans avec des patterns en macramés sur les épaules et ses cheveux étaient toujours comme ceux dans les magazines de coiffeuses c’était à se demander s’il se crissait pas des bigoudis avant d’aller se coucher c’était assez beau. On avait collé deux lits queen un en face de l’autre le blond dans un, nous dans l’autre des fois leurs pieds se touchaient la nuit pas par exprès le matin on s’en parlait pis c’était correcte. On grignotait du bout du bec des croissants juste parce que je voulais écrire dans mon journal intime que je mangeais des croissants au Fils du Père sur Montmartre ça fait beau et plus tard les gens vont lire ça en fouillant dans mes affaires et ils vont très certainement m’envier pour ça ils vont se dire «maudit elle a vraiment toute vécu même les croissants sur Montmartre on y fait-tu une page wiki.»
Après le déjeuner plus petit qu’ici notre ami coiffé partait vivre des choses trop grandes à vivre pour une seule journée et nous on regardait le monde vivre des affaires plus petites.
À Paris.
On se donnait même pas la main on se tenait par toute sauf par nos mains j’aime ben mieux me faire tenir avec le cœur qu’avec dix doigts de toute façon. Il me tenait avec n’importe quoi on se promenait un pied devant l’autre à rien manger sauf de la gomme et une cigarette à chaque fois que le souffle nous coupait notre souffle coupait souvent on a sûrement attrapé le cancer aussi.
Yo j’ai pogné le cancer du love peux-tu me sacrer patience avec tes alarmes de poumons fatigués je veux juste fumer la passion de la ville lumière comme une grande qui veut pas savoir quand elle va mourir d’amour.
En dessous de la bitch à Eiffel on croisait les sosies de nos amants passés on faisait des jokes sur nos amours d’innocents on faisait des vidéos avec une application Iphone trop cool on se frenchait avec les monuments en background c’était pas compliqué c’était pas mal plus beau qu’un fond en toile avec un paysage au fusain de dessiné dessus.
Il prenait souvent mes cuisses en photos mes cuisses dans des collants déchirés semi-par-exprès parce que mes bagues cheap du Ardène pognaient tout le temps dans les commencements de mailles. Il photographiait sa partie de corps préférée et les passants trouvaient ça sexuel entre deux croquées de baguette pas dure comme de la roche surement achetée chez Paul parce que chaque Paul sur chaque coin de rue est aussi réconfortant qu’un autre même si les pâtisseries ça me touchent pas tant.
Et dans les craques des dalles entre chaque petits carreaux par terre de la rue des Petits Carreaux on pouvait voir des amoureux se piétiner le quotidien dans la ville qui change les yeux de tout le monde pour des Ferrero Rocher on voyait tout le monde s’aimer avec des pincettes et s’enrouler des foulards autour des sentiments.
On voyait des histoires de fruits de la passion donner des crampes dans les joues de tout le monde des histoires d’amour à s’essuyer les coins de bouche avec des carrés de soie on voyait des correspondances qui allaient faire le tour du monde qui allaient survivre à n’importe quel long vol d’avion. On pouvait voir des amants se dire j’t’aime j’t’haïs on regardait les romances comme dans un ciné-parc on se frenchait sur la banquette on touchait à peine à notre sandwich au brie dégueulasse.
On voyait vraiment pourquoi la bitch à eiffel brillait autant le soir pour éclairer chaque sexualité.
On aurait pu faire une brique en reliant toutes les amourettes qui nous passaient en dessous du nez qui coule parce qu’y fait pas si chaud finalement. On aurait pu trouver la plus belle peinture de n’importe quel coup de pinceau passionné pour en faire une couverture irrésistible.
Mais assis devant tout le monde qui s’aimaient comme ça nous on s’aimait ben plus que ça on s’essuyait les coins des yeux avec des drapeaux on s’abrillait avec du velours aussi lourd que les cheveux de la princesse qui a les cheveux vraiment long on devait certainement goûter un fruit qui existe pas.
Parce qu’on savait qu’on gagnait de beaucoup le trophée de l’histoire d’amour la plus grande encore plus grande que celle de Rodéo et Croquette sans le pacte de suicide et l’estique de grosse nourrisse encore plus grande que n’importe quelle perfection de passion écrite avec une plume pis de l’encre nous notre amour on avait le droit de le raconter sur les murs du métro avec du liquid paper qui allume dans le noir.
Mieux même on pouvait facile la raconter avec un pictogramme de cœurs pis de dessins naifs d’organes génitaux qui se récitent des poèmes.
Au jeune soir, lui moi et notre ami blond, on s’achetait du fromage et trois piquettes rouges on étendait notre butin sur le comptoir de notre un et demi partagé et on essayait de me démêler les cheveux avec une fourchette, on écoutait de l’électro avec du jugement d’étampé dans la face, on prenait des gorgées doubles sans faire par exprès, on analysait les chevilles des filles, on analysait l’épaisseur de leur cou et la délicatesse de leur clavicules, on coupait le fromage en cubes pas égaux je leur donnais les gros morceaux ça me déculpabilisait.
Des amis allaient et venait tous les soirs; une comédienne avec la même teinture de pharmacie que moi, un réalisateur au cœur brisé qui mélangeait trop les accents, une fille invertébrée et souvent plus paquetée que nous, un barman aux yeux tristes qui se souvenait de tout.
Les bières nous donnaient même pas froid chez Nenette.
Les dalles dans la rue nous faisaient sacrer le camp par terre des fois. Surtout moi. J’ai de la misère avec mon équilibre je suis perchée haut pas de ma faute.
Les Parisiens nous surprenaient. Avec leurs onomatopées et leur sourire des fois, surtout le soir du bar caché, de la petite toilette et de la chicane principale.
Les Parisiennes mangeaient celui que j’aime avec leurs yeux fragiles elles l’imaginaient sûrement leur construire un château en bois rond dans une forêt qui parle français. C’était pas grave j’étais pas fachée je savais qu’il m’en construirait un à moi un château demain matin même qu’il me connaît tellement qu’il me construirait un terrain de Quiddich les yeux fermés. Si on avait mucho gallions d’or.
On se prenait en photo devant le Supermarché Sexuel. On évitait les gens de Brossard qui nous cherchaient dans Montmartre, qui voulaient nous kidnapper, nous amener à Amsterdam et nous nourrir avec de la bouffe de kiosques. On se sauvait jusqu’au pied de notre petite maison, on faisait couper du poisson sur mesure, on le traînait dans nos poches, on se prenait pour des anglos, on déposait le bout de nos fesses sur la terrasse du Cœur crissement Fou, on prenait des nouvelles du barman triste qui retient tout surtout nos prénoms, notre couleur de bière préférée et nos envies refoulée des nuits d’avant.
Je m’ennuie du fumoir on espionnait Romain Gavras qui s’achetait une bouteille de Prosceco. Je retenais même pas mon souffle j’embrouillais mon dedans de corps encore plus avec d’autres cigarettes françaises et entre mes bouffées cancéreuses et amoureuses aussi je prenais une gorgée de bière mexicaine la seule bière de la même couleur que mes cheveux.
Et puis les fille sont arrivées, les filles comme ici, mais là bas, elles sont arrivées dans le sous-sol de l’International dans le noir en dessous de la musique de Myra Lee elles sont débarquées habillées chics et fatiguées y’avait Lucille le tigre y’avait Laurie en forme d’étoile y’avait Alice qui porte le cheveux court ben mieux que Twiggy y manquait Mélo qui devait faire l’amour dans son appartement pas loin. On avait pas beaucoup de temps on faisait défiler nos vies en croisées on se rassurait le genre d’amitié c’était beau on mangeait des pattes de cochons frites et du foie gras et des escargots on en avait de pognés dans les dents on s’en crissait on avait pas beaucoup de temps.
Et pour finir vraiment bien pour finir de la bonne façon comme il faut je me suis couchée la dernière fois avec un casque de Vespa sur la tête j’essayais d’argumenter j’étais pas capable de respirer.