Les Prèfs

Très riche

31/07/2016

«c’est tough d’assumer sa solitude de juillet»

Photo : Prue Stent

Photo : Prue Stent

C’est dimanche pis j’ai texté tout le monde. Sans exception. De ma best de best qui a déjà vu mon vagin pour une raison floue à mon amie qui me gosse quand je passe plusse que trois quatre minutes avec. De mon amie du cégep qui vient une fois de temps en temps à Montréal pour aller se geler le cerveau au Bilboquet pis dépenser sa paie de serveuse au East Side Mario’s dans des croptop qu’à mettra jamais à mon autre amie qui habite à deux rues de chez nous mais que j’appelle juste pour venir prendre mon outfit particulièrement beau en photo plein pied. Il fait full beau pis j’suis toute seule, j’ai même recommencé les Sex and the City à partir de la saison un pis j’ai checké au moins huit fois la scène oussé que Carrie met sa naked dress pour sa première date avec M.Big pis qu’il lui dit «interesting dress» pis qu’à répond «meaning ?» pis qu’y répète «interesting dress» pis qu’une fois dans sa Mercedes nouère y se sautent dessus c’est nice comme bout.
J’suis toute seule faque je me demande si y’est temps que je me fasse un chum si y’est temps que je scroll mon Instagram à la recherche d’un gars pas trop de barbe qui fait jamais de selfie parce que c’est con un gars qui fait des selfies. Une fille non. Un gars oui. Y’a pas d’explication. Juste. C’est ça.
Y’est peut-être temps que je sois moins saoule au bar pour voir drette pis repérer les dudes qui ont l’air d’avoir du cash mais qui ont plusse que ça genre Logan dans Gilmore Girls lui y’est sharp y’est où. C’est sûrement le bon moment pour aller au IKEA spotter les gars tout seuls qui marchent dans le sens contraire des flèches pis qui passent ben trop de temps dans le Tel Quel. Ou je pourrais aller me faire bronzer en tankini au parc Laurier pour attirer l’attention d’un gars qui possède un chien d’une race ben à mode genre ceux qui ont des gros yeux des petites oreilles croquantes pis qui ont jamais l’air relax. Je pourrais m’inscrire sur Tinder écrire dans ma description «SALUT CHU COOL» attendre de voir si mon humour est accessible pis swiper jusqu’à temps que je sois raquée de l’index. Je pourrais continuer de chercher Roy Dupuis. Le trouver. Le convaincre de m’aimer même si y’a mille fois mon âge pis un passé amoureux intimidant. M’acheter un condo avec. Le regarder bougonner au quotidien. Brosser ses cheveux sel poivre. Le bécoter. En tout cas.
Je pourrais me matcher avec un gars super beau pour faire jaser les filles que je connais juste parce qu’on se follow sur toutes les plate-formes du web me mettre belle comme jamais pour aller en date avec genre me frotter le corps au complet avec un gant de crin pis de l’exfoliant très cher qui sent les fleurs qui existent pas pis m’enduire de Vichy Sorbet à 60 piasses le ti pot pour sentir le dessert santé même dans des endroits qui sont pas supposés sentir de quoi de comestible. Pis être encore plusse chix si par chance ma crème me laisse un petit hale brillant qui donne l’impression que j’suis tout le temps douce et hydratée du chest (un peu comme Taylor au Grammy’s quand à portait son deux pièces orange et rose pis sa nouvelle coupe carrée super belle).
J’pourrais m’acheter un t-shirt qui passe aussi pour une robe de slut en planifiant de pas porter de bobettes en dessous mais sûrement choker à dernière minute parce que je sais pas si les gars trouvent ça hot ou juste creepy trop surprenant de tomber direct sur un vagin quand y promènent leur main dans notre région royale.
J’pourrais aussi organiser des auditions pour me trouver un accompagnateur occasionnel qui sait se tenir en présence d’un groupe de jeunes dans le vent qui roulent sur l’or à cause du CALQ parce que c’est l’été y’a beaucoup de soupers qui s’organisent pis je me surprends à me trouver loser d’arriver dans un barbecue festif avec pas de gars qui pourrait me complimenter sur mon look de grillades (un outfit à base de denim j’imagine). Toute seule avec ma pièce de viande marinée souvent c’est tandoori je me sens pas cool pis c’est un feeling qui me goss je voudrais vraiment être contente de pas avoir à partager ma brochette. Mais je feel conne parce qu’autour c’est l’amour en groupe de deux pis c’est tough d’assumer sa solitude de juillet. J’ai personne pour me dire que j’ai de la sauce sul menton j’ai personne pour enligner le responsable du gril sur ma cuisson j’ai pas de genou à pogner en dessous de la table quand le sujet de conversation devient plate genre quand le monde se met à parler d’application iPhone qui te motive à jogguer pour perdre ton muffin top. J’ai personne à frencher din toilettes quand je deviens tipsy sur mon litre de Gallo rosé. J’ai personne pour me faire une tresse dans l’toupette juste pour rire après le dessert quand je suis trop pleine pour faire autre chose que de m’écraser sur des cuisses d’homme pis me faire jouer din cheveux maladroitement.
L’autre fois j’ai essayé d’entretenir de quoi avec un homme qui paraît ben on buvait du vin on mangeait du take-out on frenchait en public pas grave si on croise des gens qu’on connaît un brin. Y s’instagramait ben il avait un peu l’air d’un gars qui pète des yeules mais qui te cueille un pissenlit pour pas trop de raison. Y’avait le casting parfait y’aurait pu jouer dans un film avec des guns si y’avait eu un certain talent pour jouer la comédie mais tout ce qu’y savait faire c’était me dater une fois semaine avec pas full d’entrain. Des fois on jasait de notre passé amoureux avec nostalgie pis il prenait des breaks de nous pour gosser sur son cell pis répondre à ses chums de gars dans son message de groupe qui devait sûrement s’intituler «MY BOYZZZZZZ 4 LIFE». Mon discours était interrompu aux trois menutes j’avais envie d’y pitcher son iPhone 4 tout pèté avec un fond d’écran de marque de calotte five panels dans face mais je me suis dit qu’à son âge c’était peine perdue y’avait pas appris à gérer sa technologie comme du monde. C’était aussi le genre de gars qui finissait une conversation-web avec un gros thumbs up bleu pis ça c’est non criss. Faque y savait juste pas. Y’était beau pis poli mais y’avait aucun skills au niveau des émoticônes pis ostie que ça me gossait que ses priorités soient pas à bonne place. Aussi je me trouvais laide dans ses yeux pis j’étais jamais capable de trouver le bon outfit qui allait me faire shiner en sa présence. Quand y dormait chez nous je faisais comme dans Bridesmaids pis je me levais doucement pour aller me faire un touch up de marscara avant de me recoucher à côté pis de faker de me réveiller encore toute fraîche pète comme la veille. C’était épuisant. Faque un moment donné on s’est flushé pis j’étais triste pour une seule chose. Pas pour son pen généreux au niveau de la forme. Pas pour son doigté fougueux. Pas pour ses clins d’œil bien placés. Pas pour sa peau de face faite sul rough à cause de la vieille trentaine. J’étais juste triste parce qu’une fois ben tipsy j’avais pu personne à texter que j’suis tipsy parce que je trouve ça cute texter un gars que j’suis tipsy c’est comme charmant genre juste «slu j’suis tipsy» je me trouve cute quand je fais ça. (Si tu catch pas c’est pas grave c’est une affaire de génération ou peut-être de manque d’attention je sais pas encore.) Faque quand je me suis rendue compte que je m’étais matchée juste à cause de ça j’me suis mise à être ben tu-seule. À tripper sur ma capacité à m’auto faire un tchin à zipper ma robe avec succès suite à une passe de contorsion qui mérite un high five à me trouver cool d’arriver solo dans un potlock thématique hummus maison à pas attendre après un message texte rassurant pis être contente de t’ça.
Parce que se rassurer toute seule ça veut sûrement dire qu’on est ben même si c’est l’été pis que les mots doux d’un gars le fun pour l’œil c’est jamais de refus. Des fois c’est juste moins compliqué. Parce qu’on sait pas ce qu’on veut. Quand on est en amour on aimerait ça pouvoir fourrer l’barman qui fait du flair quand on est single on aimerait ça que quelqu’un quek part nous trippe dessus pour nos défauts beaux sans avoir à downloader une app qui te dit y sont où dans ville les autres âmes frues de pas être dans une team.
Je pourrais juste changer ma photo de profil sur Facebook pour voir si je suis encore dans le vent. Si j’ai 200 likes ça pourrait être pas pire. Je pourrais écrire un status qui invite le monde à aller la checker. T’sais pour mettre toutes les chances de mon bord. J’ai sûrement besoin de t’ça. Parce que pour vrai j’ai encore le cœur en morceaux si on me donnait une piasse à chaque fois que je stalk mon amour d’avant je serais fucking riche.
Fucking riche pis nostalgique pour dix, mais super au courant de sa cyber-vie. Je sais toute de lui je sais que sa mère s’est achetée un nouveau vélo je sais que sa belle-soeur est au Costa pis qu’elle a pas une cenne je sais qu’il a liké la photo de sa blonde du secondaire celle qui vient d’avoir un bébé (y’a la jaunisse pis y’est laitte) je sais qu’il travaille demain je sais qu’il sort avec une fille (ordine selon mes gurlz moi je dis ça je dis rien) je sais qu’il a partagé un vidéo d’une otarie qui est crampée pis que son meilleur chum a commenté «lolllll» dessus. Je sais que ses cheveux allongent vite je sais qu’il s’est acheté un nouveau t-shirt OBEY je sais qu’il s’est fait mal j’ai vu une photo oussé qu’il a une nouvelle galle sul bras. Je sais qu’il est occupé y’est pas souvent online. Je sais qu’il va ben ou peut-être qu’il va mal pis qu’il est juste bon pour être chill sué réseaux. Je sais toute ça.
J’suis-tu loser.