Les Prèfs

Toute seule correct

11/04/2017

«se faire tatouer une quote de Drake sur une fesse»

Photo : Ren Hang

Photo : Ren Hang


Ça fait un bon bout que je suis toute seule. Toute seule correct.
Je veux dire que je dors bien en diagonale dans mon lit queen enroulée tout croche dans des draps Calvin Klein que j’ai payés avec ma Visa déjà ben pleine au Home Sense de la place Versailles un jour de pluie que je me sentais fearless.
Je veux dire que je suis à l’aise avec l’idée d’être la third wheel dans n’importe quelle activité sauf peut-être du Go Kart parce que criss que c’est con de conduire un p’tit bolide en caoutchouc qui sent l’swing sur un circuit sketch de la rue Hochelaga dans l’boutte triste.
Je veux dire que j’suis pas frue quand ma seule chum single a un match sur Tinder pis que le dude a pas tant l’air de vouloir la vendre sur Internet en échange d’un Xbox pis d’un sac de Cheetos cajun format collation.
Je veux dire que quand je reviens chez nous le soir un peu tipsy j’ai pas nécessairement envie de texter «tu fais koi» à une dude random qui poirote dans mon téléphone depuis un soir d’été oussé que j’étais willing de collecter des numéros avec nonchalance et peu de promesses à cause d’une Corona de trop.
Je veux dire que quand je m’achète 5 paires de bobettes pour 30 piasses au Urban Outfitters je les choisis pour mon bon plaisir pour les motifs de hamburgers pour ce qui est écrit sur les foufounes, des détails de même. Je les choisis pas pour la coupe sexu au cas où je ferais l’amour avec un gars qui porte une attention particulière à mes sous-vêtements anyway ceux-là qui checkent ça tant que ça sont ben trop vieux ou sinon y gossent solide.
Je veux juste dire que ma solitude me rend pas triste. Ces temps-ci j’ai le coeur léger comme une plume ou léger comme Mary-Kate Olsen dans ses années sombres après le franc succès de New-York minute.
Je me prépare à souper sans me trouver conne j’ai trois recettes merci Ricardo tu fais ça simple. Je me verse un verre de Gamay sans me trouver loser d’aimer ça boire juste une tite coupe de vin le mardi soir pour me féliciter de pas avoir donné un léger coup de poing dans la face d’un p’tit gars tannant dans l’autobus. Je me check tout nue dans le miroir de ma salle de bain à l’éclairage très très smooth pour les bathroom selfies en me disant que ça va ben, que j’ai l’air en santé, que je bois assez d’eau, que je dors assez d’heures pis que je prends des choix santé en général sauf quand je suis lendemain de veille pis que j’ai vraiment le goût de me gâter avec du fromage en grain, des mini eggs pis un Arizona la longue cannette.
Je trouve pas le temps long comme ça. Je compte pas les heures ni les jours ni les mois. Je check pas l’horloge de ma féminité s’épuiser. Au contraire je prends des forces. J’angoisse pas à checker mes printemps passer. Parce qu’anyway y sont de plus en plus fleuris pis c’est beau à voir aller.
Je m’inquiète pu pantoute pour mon amour d’avant qui traînait de la patte qui se tannait de nous trouver beau qui voulait plus faire l’amour dans des positions qui nous rendaient nerveux-le-fun qui s’inventait des raisons pour aller se coucher tôt qui oubliait que c’est l’fun de boire des shots pour dessert jusqu’à ce qu’on se confie nos plus grands secrets qui me faisait plus de clin d’œil meurtrier qui m’amenait plus de verre d’eau quand c’était l’été pis qu’il faisait chaud.
Je m’inquiète pu pantoute pour mes battements de cœur qui accéléraient pu quand je le voyais arriver en serviette après une longue douche chaude ou quand il réussissait à flipper une crêpe ben haute comme du monde sans l’échapper ou quand il connaissait par cœur les paroles d’un rap audacieux souvent c’était du Lil Wayne ou quand il avait un nouveau t-shirt ben ben blanc ou quand il skippait une journée de barbe ou quand il me regardait drette din yeux en me disant que mes défauts y’étaient beaux ou quand il me faisait dégeler une pizza pochette les jours de grande grippe ou quand il emmêlait ses jambes fortes avec les miennes toutes longues et fines en plein milieu de la nuit souvent ça arrivait l’hiver.
Maintenant je prends mon temps, personne m’attend nulle part, je marche pas mal plus qu’avant pis je remarque les beautés de la ville. Depuis que j’suis toute seule, j’suis vraiment moins essoufflée par toute.
Là chu ben.
Là je regarde les gens en équipe de deux autour de moi pis j’ai pas le goût de faire comme dans Freaky Friday de pogner mon élan pis de leur rentrer dedans pour échanger de place avec eux autres. Je ferais peut-être ça avec Taylor Swift mais c’est ben toute surtout depuis qu’elle a laissé l’autre tata qui pèse sur play pis qui scratch des vinyles à Vegas.
Là quand je sors avec mes gurlzz au bar souvent c’est quelque part qui look cher pour que ce soit beau sur Insta je me mets cute genre je m’arrange pour pas qu’on voit les marques de mes bobettes à travers mes jeans ben ben ben serrés pis j’suis pas triste de pas avoir un grand corps masculin qui m’attend à maison à une heure assez raisonnable pour pas déclencher une chicane inutile. Je rentre quand mes yeux ferment tout seuls ou quand j’ai la soudaine envie d’aller rechecker le pilote de Grey’s Anatomy juste pour voir le moment oussé que Meredith catch que Derek c’est son boss ou quand je me rends compte que mon rouge à lèvres est rendu juss une tite ligne mince irrécupérable tout le tour de ma bouche ou quand je me mets à rêver à mon pydje ou quand je me rappelle que le lendemain faudrait ben que je me lève avant midi pour accomplir de quoi d’honorable genre une brassée un dessin dans mon journal intime ou un poème qui parle du gars qui avait l’air beau de loin la fois que j’ai été assez luckeuse pour rider un Azur.
Pis aussi maintenant toute se peut.
Si j’suis dans un ascenseur je peux frôler le p’tit doigt rugueux d’un homme d’affaires occupé mais ouvert pis par chance lui tomber dans l’œil pis sniffer son cou qui sentirait sûrement le sapin la veille de Noël mélangé à quelque chose de moins festif pour pouvoir être porté à l’année pis lui murmurer à l’oreille que j’suis travailleuse autonome pis qu’il peut m’amener oussé qu’il veut pas mal n’importe quand. Là il s’énerverait il cancellerait ses meetings importants il bookerait des billets d’avion première classe parce que j’suis pas une guénille-criss pis on arriverait ben d’avance à l’aéroport pour avoir le temps de chiller dans le lounge Feuille d’érable pis de caler du Chardonnay tiède en faisait la liste des choses qu’on veut faire ensemble genre manger des sushis tout nus se faire tatouer une quote de Drake sur une fesse je pense que je choisirais «I love your ass like Ninja Turtles loves pizza» se marier pas pour vrai dans un champs de tulipes se faire faire des kimonos sur mesure dans des couleurs qui existent pas pis adopter un animal exotique qu’on se ferait tragiquement confisquer aux douanes.
Des désirs simples qui se racontent bien au brunch le dimanche devant une audience avide de sensations fortes au niveau du passeport et du vagin.
Si j’ai envie de partir au Costa triper avec un boute-en-train qui fait l’ménage dans une auberge de jeunesse qui sent l’eau de Javel en échange d’un ukulélé pis d’une bouteille d’après-soleil j’ai l’droit.
Si j’ai envie de me caser pis de Netflix and chill avec quelqu’un d’assez patient pour m’expliquer toutes les intrigues de SUITS sans pogner les nerfs j’ai l’droit.
Si j’ai envie de me faire une blonde belle mais pas plus que moi pour éviter que j’me sente laitte à tout bout de champs j’ai l’droit.
J’ai le droit de tomber en amour même si j’viens d’écrire sur Internet que j’suis donc ben bien toute seule. J’ai l’droit de battre du cœur plus rapide que supposé à cause d’un inconnu qui vient toute me mêler avec sa forme de yeux spéciale pis son rire qui m’touche.
J’ai l’droit de me faire faire un bébé par un gars qui me donne pas vraiment de papillons dans l’ventre mais qui a des criss de bons gènes pis de l’élever comme je veux pis de lui apprendre à dire merci plus que pas assez pis de le laisser marcher nu pieds même dans des endroits ben ben sales pour qu’y se forge un système immunitaire sua coche.
J’ai l’droit de dire que j’veux pas d’enfant aussi.
J’ai l’droit d’en avoir dix aussi mais non.
J’ai l’droit de toute faire bon.