Les Prèfs

Tout ce que je demande

18/09/2017

«les chalets, les shoots de femmes enceintes, la question «quoi de neuf», le gelato, les Facebook live pis l’Halloween»

Photo: Sarah Bahbah

Photo: Sarah Bahbah

Je me vante tout le temps que j’suis ben toute seule, j’suis rendue vraiment bonne pour convaincre les gens que c’est un mode de vie le fun à adopter; les longues journées à rien faire sauf peut-être une couple de story de ton chat au léger retard, les fins de semaines habillée n’importe comment le toupette bobbépiné sul côté, les 5 à 7 ben sul radar dans un bodé en velours qui fait que c’est ben ben compliqué d’aller aux toilettes, les soirs de semaine à donc ben te cuisiner ce que tu veux (l’hiver c’est une petite pâte au pesto avec ben de la Sri pis l’été c’est une boulette à hamburger végé qui essaie fort de s’assumer toute seule sul grand grill). J’aime aussi souligner qu’en étant toute seule on peut décorer son appartement sans demander l’avis de personne pis c’est souvent un argument béton qui vient ébranler des couples plutôt solides. Les bouteilles de bière de microbrasseries qui s’alignent sur le top des armoires de cuisine pis une table de salon en forme de vieille valise c’est pas pour tout le monde.
Pour vrai je me suis convaincue moi-même que j’ai besoin de personne. C’est rendu que ça me fait mal d’imaginer quelqu’un d’autre brûler mes chandelles chères qui sentent la forêt en santé ou se laver les mains avec mon savon Aesop qui exfolie la main comme rien d’autre. J’ai aussi ultra pas le goût de manquer 90 Days fiance sur TLC pour aller dans un souper de belle-famille oussé que je serais obligée de manger une coquille St-Jacques.
Mais des fois c’est long. Juste des fois.
Je m’en fous j’irais faire un pique-nique avec pas mal n’importe qui juste avoir une raison de me chixer de sortir de chez nous pis de parler de mes insécurités pendant deux trois heures à quelqu’un qui a pas encore compris que j’suis super selfish. Mais souvent à place ce qui arrive c’est que la date est assez spéciale dans le bon sens pour que je la raconte dans mon journal intime faque je sors mon crayon full pointue qui écrit ben en ostie pis je couche sur papier les moindres détails de la soirée; les becs sur les joues au début, la texture de la couverte qui protégeait nos fesses du gazon piquant, le Gamay bien choisi, le Comté coupé au couteau de plastique, le moment où j’ai switché de position pis qu’on a vu mes bobettes parce que j’étais en robe soleil, l’autre moment où lui y’avait une miette de pain de pognée dans barbe pis que je savais pas si fallait que j’y dise, le vent qui s’est levé rendu au dernier verre, les frissons sur ma peau qui lui ont sûrement donnés envie de me donner des becs sur les cuisses, la ride de Bixi maladroite jusque chez lui, la visite guidée pas nécessaire, l’inspection de sa pharmacie en faisant semblant de faire pipi, les confidences ben trop intense la tête posée sur l’oreiller, mon éternel discours de fille qui veut pas de chum, les étoiles dans ses yeux en m’écoutant parler, la pression qui s’envole de sur ses épaules paresseuses, la légèreté qui s’installe dans la chambre décorée de vinyles sans originalité pinés sur les murs craqués, les frenchs enfin, la sexu finalement, le dodo pas collé, mon départ précipité parce que j’haïs ça me réveiller hangover à côté d’un gars qui m’aime pas assez pour être capable de voir le beau dans ma face de matin.
La plupart du temps j’appelle un Uber pis en chemin vers chez moi pendant que le soleil se lève pas loin je repasse juste les moments cutes dans ma tête pour être prête à toute raconter à mes chums de filles. Rendue chez nous je me glisse dans mes couvertes tout nues je prends même pas le temps de me laver parce que je veux tester son odeur qui me colle dessus pendant mon sommeil. Si je m’endors tout de suite c’est bon signe.
Pis après ça j’attends.
Ma batterie de cell est tout le temps proche du 100% je traîne mon chargeur partout je le plug même derrière le bar au resto pour être ben sûre de pas trop stresser. Je mets la sonnerie ben ben fort matin soir pis je prends pas de chance je texte jamais mes amis parce que s’ils me répondent mon cœur va faire un bon en pensant peut-être que c’est lui pis là je vais me mettre à les haïr toute la gang de me faire des faux espoirs.
Mais à chaque fois j’attends pour rien.
Je pourrais accomplir tellement de choses si j’arrêtais d’attendre après le message texte d’un gars mettons. Je pourrais me préparer des repas congelés pour la semaine, faire du bénévolat genre servir des petits déjeuners santés à une gang de morveux que je finirais sûrement par vouloir adopter, suivre des cours de ballet pour être un peu Julia Stiles dans Save the last dance mais sans le boutte hip-hop, sauver un pitou, arroser mon pauvre plan de basilic, lire la biographie de Corneille, apprendre à me faire une ligne de eyeliner qui a de l’allure, prendre des nouvelles de ma cousine, jouer aux Sims pis me construire un esti de gros palais qui look 10/30, faire des push-ups, manger une barre Cliff, passer le balais en dessous de mon lit, aller me balancer dans le parc, écrire une lettre anonyme à quelqu’un de vraiment tout seul, regarder des photos de Julia Roberts sur google images, faire un sourire sincère à mon reflet dans le miroir, réussir une tresse en queue de poisson dans ma propre couette, aller au musée pour me sentir deep, me magasiner des rideaux qu’on voit pas à travers pour qu’enfin je puisse me promener tout nue chez nous sans faire un spectacle aux voisins, fabriquer mes propres chandelles pour que ça soit pu ma principale source de dépense, jaser à mon chauffeur Uber pis mériter mes cinq étoiles, lire un livre à place de faire refresh sur mon insta pour voir si les gars que je trouve beaux ont vu la story de ma face en gros plan, être une meilleure personne pis fermer mon cell.
Mais à place j’continue d’attendre.
Je demande pas d’emménager chez eux pis de me clearer une rangée au complet dans son rangement modulaire PAX j’y demande juste de souper avec moi une deuxième fois pis de boire du vin nature dans des tasses à café jusqu’à temps qu’on fasse de la sexu avec un œil fermé pis que le lendemain on se réveille dans l’autre sens du lit avec le vague souvenir d’avoir vécu de quoi de pas pire. Pis de recommencer une fois de temps en temps juste pour se pimenter l’quotidien de travailleurs autonomes qui se tannent d’écrire des poèmes sur le fait qui se passe rien de fou. Mais ce qui arrive d’habitude c’est que le gars disparaît (sauf pour les fois qu’y like une selfie particulièrement réussie) pis une couple de mois plus tard j’apprends qu’il s’est fait une blonde parce que mon fameux statement de liberté ça turn off finalement. Souvent la fille qu’il a choisit de texter back est faite sur un frame de chat discret elle a un bacc qui sonne sérieux pis est super game d’aller surfer à Tofino sur un coup de tête. Elle est belle même avec juste un coton ouaté sul dos, ses cheveux sont frisés naturels comme si elle dormait tout le temps avec des tresses françaises pis elle gratte un peu la guitare mais elle est vraiment humble par rapport à ça. Genre elle fredonne une vieille toune de Cat Power pis après le refrain elle change d’idée parce qu’est trop gênée d’être cute de même.
Pis j’trouve ça chien j’suis rien de t’ça moi.
Moi j’suis un long spag de femme, j’ai un certificat à l’UQAM mais j’étais souvent saoule dans ce temps-là, j’suis ultra réticente à l’idée de me mettre debout sur une planche sur une vague, si je porte juste un coton ouaté pas de pants ben on voit ma noune, mes cheveux frisent dans le mauvais sens même si je me passe un coup de fer dedans pis le seul instrument que je sais jouer c’est le saxophone alto pis tout le monde rit de moi parce que mon répertoire c’est juste des tounes d’Harry Potter.
Faque faut vraiment que je tienne mon bout pis que je me trouve des choses à faire à place d’attendre que mon téléphone sonne sinon j’vais arrêter de me trouver cool pis j’ai ben trop travaillé fort pour perdre la course à l’amour propre.
Mais tout ce que je demande c’est qu’une fois de temps en temps quelqu’un vienne déposer une surprise dans ma boîte aux lettres genre un mixtape avec six tounes tristes pis six de tounes qui font sourire me semble que c’est pas compliqué.
Ou de trouver quelqu’un capable d’haïr les mêmes affaires que moi genre les chalets, les shoots de femmes enceintes, la question «quoi de neuf», le gelato, les Facebook live pis l’Halloween.
Ou quelqu’un qui puisse venir m’aider quand j’pas capable d’attacher mon ostie de bracelet tu seule genre demain j’ai de quoi oussé qu’il faut que je m’habille chic j’aurais besoin d’un helper.
Ou quelqu’un pour me prendre en photo plein pied quand j’ai un beau outfit.
Ou quelqu’un pour me trouver belle même quand j’ai une p’tite grippe.
Mais pas à temps plein parce qu’anyway ça finit toujours que j’ai de la peine.