Les Prèfs

Prison de Castelnau

16/02/2014

«Toi : Han Salut Marie-Conne ça va.»

Photo: Viktor Vauthier

On m’a déjà mise à la porte de chez nous parce que j’avais frenché le mauvais gars. T’sais celui qu’y faut vraiment pas que tu frenches sinon tes colocs vont mettre une photo de ta chambre sur Kijiji ben vite dans ton dos comme ça peut-être :

«Chambre de slut à louer dans appartement de pas-slut. Internet inclus. À vos risques de devenir slut vous-même. Pas cher toutefois. À qui la chance ?»

Je me suis longtemps questionnée sur le vrai sens du mot slut pis j’ai jamais trouvé de réponse claire je pense que ça change pour chaque situation c’est compliqué comme terme. Genre il est capricieux. Faudrait l’analyser. Qui qui a une thèse à écrire pis qui est game. Deep recherches là. Anyway, c’t’une idée. Sujet funky à plugguer à l’uni.

Bref là j’avais frenché un gars supposément interdit par le Girl Code le soir de la St-Valentin ; on jouait à 7 minutes in Heaven pis j’avais pigé son nom. C’tait un jeu, fallait frencher pendant sept minutes. Pas de ma faute. Mais comment t’expliques ça à une gang de filles frues.

Moi : Sorry pas fait exprès, le french c’est la règle numéro 1 sinon le jeu marche pas.
Fille frue : Trahison.

Impossible.

En même temps j’avais quand même le goût de l’embrasser aussi un mini brin parce que le gars y faisait des dessins pour gagner sa vie genre qu’il était payé pour griffonner des bonhommes avec un sharpie ou des fois directe sur l’ordi. Je savais même pas que ça existait un programme pour dessiner sur l’ordi autre que Paint. J’tais impressionnée par la technologie qui va vite. C’est attendrissant ce genre de carrière-là je trouve. Faque oui oké j’avais le goût d’y manger la yeule, mais avoir su que j’allais devoir déménager dans une chambre grosse comme ton chien-saucisse j’aurais peut-être backé.

Ma coloc braillait full elle disait : gnan gnan gnan t’as gâché ma vie il est où ton cœur Marie-Chienne m’a dit que t’as frenché le-dude-qui-dessine-naïf genre moi je planifiais accoucher de son enfant dans à peu près six ans gros max tu penses juste à toi où s’en va mon avenir amoureux.

Au début je feelais cheap mais à bien y repenser non.

Faque tout d’un coup j’avais pu de chums de filles pis j’habitais sur un futon métro de Castelnau. Grosse vie. Je mangeais beaucoup de ramens pis de gruau cher à l’érable. Ça me consolait. J’écrivais dans mon journal intime que j’étais triste pis je souhaitais à tous les jours de me faire des nouvelles amies dans rue par hasard pas besoin de travailler fort je souhaitais que des nouvelles chums de filles me tombent du ciel.

J’avais brisé le code des filles. J’avais frenché le gars que mon amie-coloc voyait dans sa soupe depuis je sais même pas combien de temps peut-être depuis comme quatre jours si c’est pas moins. Parce qu’à notre âge on change de feu brûlant comme on change de sorte de crème glacée prèf. Moi en tout cas je change souvent ça dépend de mon mood. Des fois je trippe sur la crème glacée molle à vanille faque je veux frencher mon ami d’école qui a vraiment pas de sparkles. Basic kick là, safe. Des fois je me donne pis je me garroche dans de quoi de ben intense genre de la crème glacée au mokaccino entre deux biscuit aux pépites de choco pis là ça fait un sandwich vraiment extraordinaire au goût pis je me mets à tripper sur un dude super beau qui fait des vitraux gores pis qui m’écrit des poèmes passion avec son sang.
Ça dépend tout le temps. Faque c’est difficile à suivre.
C’est encore plus difficile de suivre les autres filles parce que cali-criss t’es pas dans leur tête à deviner leurs envies de jeunes adultes libres. Tough.
Anyway pour ma part la police de l’amitié avait fait sa job rapidement. Ma punition c’était la prison de Castelnau pis la vie sociale vide. Parce que c’est de même que ça fonctionne. J’avais un-peu-slut de tatoué dans le front comme dans Never Been Kissed quand Drew se réveille avec LOSER d’étampé dans face. Même feeling. Elle avait pas fait exprès elle non plus. Drew j’t’aime t’es où je pense que t’es enceinte en ce moment es-tu heureuse je t’aime. Tu me hantes aussi. Mais bon.

Faudrait s’arranger pour s’entendre. Entre gurls. Établir des règles un peu plus larges, faudrait se donner du lousse. Pis arrêter de brailler. Arrêter de s’haïr d’aimer les mêmes affaires aussi. On est des filles. On aime ça les affaires belles. Les belles faces les beaux pénisses les belles chemises boutonnées jusqu’en haut les belles voix rauques les yeux doux la bonne poigne les totons aussi oui les totons de filles parce que non c’est universel que les dudes avec la poitrine ambiguë c’est non. Au moins ça c’est clair.
Faudrait que toute soit clair de même. Retenez l’exemple des totons ça va nous aider.
Sinon on va touuuuutes se ramasser loin sur la ligne bleue sur un futon ben trop petit à attendre que nos nouvelles amies naissent. Y’aura pu de place pour le monde déjà dans le boutte qui ont frenché personne d’interdit eux.
Quissé dans vie qui a déterminé que les garçons de nos vies on a le droit de les garder en laisse dans notre cours arrière de sentiments ben trop longtemps ou de les ranger dans des aquariums ben propres pour les checker nager aller-retour juste de même sans les aimer. Au cas où que.
On le fait en criss ça han essaye po de t’en sauver toi la fille yolo qui laisserait tes chums de filles dater ton ex de y’a pas tant longtemps genre même pas deux ans . Ça passe jamais.

Mais c’est ambigu en shit. Quand tu joues le rôle de la fille qui frenche, t’es ben là. T’as le goût de dire à toutes les filles de slacker leur possessivité de caniche royal pis de let go un brin le vent dans les cheveux. T’es bien placée pour soupirer après des filles. Mais quand c’est toi la délaissée c’est autre chose.
C’est juste que vu que l’hypocrisie c’est notre trophée numéro un à nous les gurlz ben des fois on dirait que ça passe mais non. Genre non. Jamais. Check :

Toi : Han Salut Marie-Conne ça va.
Marie-Conne (ta chum) : Ouais full de bien mais check faut que je te dise de quoi ça me pèse (main manucurée délicatement posée sur la poitrine pour montrer que ça lui fait mal dans le cœur de devoir te confier de quoi de même là).
Toi : Ben là ! Shoot !
Marie-Conne : Ben j’ai frenché Jean-Criss (ton ex) au bar hier pis j’ai une date avec demain au Roller Derby ça te dérange-tu ?
Toi : BEN NON JE L’AIME TROP PU GENRE JE L’HAÏS PRESQUE MAIS Y FITT AVEC TOI J’AI LE GOÛT DE PLEURER TELLEMENT J’SUIS ENTHOUSIASTE À L’IDÉE DE VOUS VOIR VOUS AIMER.

Mais tu brailles en dedans à larmes brûlantes c’est sûrement une tempête tropico-tsunami dans ton cœur tu t’imagines encore fourrer avec lui le soir avant de te coucher tu te cross même pas tu fais juste te repasser le sexe dans ta tête comme un film de Woody chaud. Pis vu que c’est le dernier gars que t’as aimé tu penses presque que tu l’aimes vraiment encore tu peux pas passer à côté. C’est le Dernier. Y reste. Jusqu’au prochain. Mais là Marie-Conne te garroche ça pis t’es pas prête.
Faut-tu let go, je sais pas, faut-tu envoyer Marie-Conne à de Castelnau je sais pas.
La vie d’amie de fille c’est rough. Plus qu’on pense. C’est tout le temps compliqué. Parce qu’on change tout le temps d’idée pis on braille pour toute (en dedans de nous ou devant tout le monde dans un café bondé pour récolter la coche d’affection qui te manque).

Moi ben avant la fois du bec avec le gars qui dessine comme un enfant prodige de quatre ans j’avais eu la fausse approbation de ma coloc. Les deux assises au bar dèg on s’était entendues pour dire que j’aurais le droit de le frencher tant que je voulais si ça avait à arriver parce que les shotguns trop d’avance c’est jamais crédible-fou. C’tait coulé dans le béton que j’avais le droit. NAÏVETÉ de marde. La prison de l’amitié m’attendait jambes ouvertes et futon rugueux déplié. Parce qu’une fille une fois les deux pieds dedans ça change d’idée.
Quessé qu’on fait han. Faudrait setter une convention. Parce que là avec nos médailles d’or en hypocrisie-pro ben oui c’est mêlant. Moi je dis qu’on organise un colloque lourd commandité par le linge ben trop p’tit pour les filles en santé de chez Brandy Melville au Palais des Congrès avec un traiteur vegan (genre si les sœurs Sckoropad étaient traiteurs ça seraient elles là) pis on se set des meetings pis des tables rondes pis des mises en situation pour toute régler ça. On pourrait même engager des finissants de l’École Nationale pour jouer dans nos sketches pour bien comprendre nos émotions de filles pis nos shotguns de gars pis nos nostalgies qui finissent pu. On se créerait une belle Charte du code des filles. Ça sera faite, pour nos enfants futurs qui vont se mélanger la salive comme des brûlés les soirs d’été surtout la nuit à la piscine Laurier tout-nus. On devrait au moins le faire pour eux autres parce que pour nous c’est un peu trop tard j’veux dire on est toutes allées en prison une ou deux fois pis on apprend pas tant que ça.
Parce que là c’est mêlant on a la bouche en feu on perd toutes nos chums de filles on renaît de nos cendres tel un phénix on sort au bar on voit Marie-Conne frencher notre Dernier on braille beaucoup on appelle la police des Filles pis on la garroche sur un futon loin.
Y’as-tu un leader volontaire pour organiser ce colloque-là parce que mettons que ça presse.