Les Prèfs

Parce que t’es cool

26/01/2014

«L’osti y m’avait posé une question piège entre deux croquées d’hummus à huit piasses la spoon.»

Illustration : Gabrielle Laïla Tittley (www.gabriellelailatittley.com)

Un moment donné dans une autre vie j’avais un chum pas rapport qui me faisait sentir comme si j’étais une crotte de nez. Je me rappelle un soir on se grignotait de l’ail dans face dans un resto en coin qui sent la Grèce pis il m’avait demandé avec pas d’amour pantoute dans les yeux si je l’aimais juste juste parce qu’il était cool.
«Yo Sarah tu m’aimes-tu juss parce que j’suis cool.»
Premièrement être cool en 2012 à Montré je sais pas ce que ça veut dire universellement.
Deuxièmement ark j’t’haïs (mais j’t’aime t’es beau ta face surtout là).
L’osti y m’avait posé une question piège entre deux croquées d’hummus à huit piasses la spoon.
Je l’avais rencontré dans le bar-de-toujours qui me pogne au cœur à chaque fois. Je veux dire que passer trop de temps entre ces murs-là ça m’oblige tout le temps à frencher des bouches qui goûtent le Jameson pis ça m’écoeure. T’sais des bouches que je frencherais vraiment pas si j’étais pas saoul-saoul genre des gars avec peu de cheveux ou des gars qui sentent le parfum Ferrarri ou des filles qui trippent sur Evanescence ou des filles qui sentent le parfum à Paris Hilton ou les parfums Dans un Jardin. Chu de même, je choisis pas, quand j’suis là-bas. C’est mon moi pas de jugement qui prend le dessus.
Genre aussi que je me cherche touuuut le temps quelqu’un pour aller aux toilettes avec moi. C’est la mission du siècle là il me faut vraiment un partner. C’est lourd.
«Viens-tu aux toilettes avec moi manne ça va être malade tu vas pouvoir écrire une toune là-dessus pour ton prochain EP emo awaye come on».
Des fois le monde y disent oui des fois le monde y disent non c’est correk.
Aussi mes talents de danseuse hip-hop ressurgissent ben trop souvent je me rappelle encore de ma chorégraphie sur Peaches and Cream faque c’est facile de retomber là-dedans après même pas deux bières pas si grosses.
Cette place-là à me pogne pas dans le cœur parce que ça sent le vieux bois confo pis le cidre local non cette place-là à me pogne dans le cœur dans le sens de vomi.
Mais j’y allais tout le temps pareil parce qu’y faisait tout le temps jouer Ain’t no mountain à la fermeture pis ça me faisait penser à la scène fuuuucking belle mais fuuuucking triste dans Stepmom avec Julia Roberts pis Susan Sarandon.
En tout cas, le gars qui m’a fait sentir comme une poussière d’intérieur de narine je l’avais rencontré là. Entre ces murs-là, autour de ce bar-là. Le gars qui porte un nom de femme mûre nous servait. Je l’avais frenché la veille en récitant des poèmes inventés au fur et à mesure. Exemple : «les sanglots de tes secrets glissent le long de mon échine et tes souvenirs nocturnes brillent sous la couette de mon cœur.» Re-lourd pourquoi personne venait me sauver dans ce temps-là. T’sais c’tait des jokes mais c’est pas tout le monde qui a le réflexe de penser que je saoule-niaise. Compliqué. Je déçois beaucoup les gens autour quand ça arrive parce que deux minutes avant de me voir en poète ils se disaient «han check la grand-rousse à l’air à savoir oussé qu’à s’en va dans vie j’trouve».
Déception sociale.
Faque j’étais encore là, le gars pas fin (plus tard) me gossait un peu (au début) surtout à cause de ses dents qui prenaient plus de place que normal-permis pis aussi à cause que le vin dans son verre éclaboussait notre entourage à mesure qu’il s’énervait à parler du folk en voie d’extinction pis à chigner encore ben trop sur la mort de Kurt.
Un moment donné reviens-en ou écris dans ton journal pis criss-nous patience avec tes souvenirs d’ado gris amoureux du rock.
Il portait un cardigan bleu que j’aurais pu porter aussi même grandeur pis toute. Le dernier bouton était pas pareil comme les autres pis ça m’avait fâché sûrement que sa mère l’avait réparé pis elle s’en foutait dans le moment de garder le concept des boutons pareils sur le chandail de son fils à la mode parce qu’il habite à Montréal maintenant. Autre sorte de lourdeur.
Des fois les mom ça réfléchit pas pis ça goss (ou j’suis peut-être juss dans un mood fâchée).
Il me parlait de son passé de joueur de harpe dans les pays-bas ça me faisait bailler j’étais pas prête pour lui peut-être. J’avais retenu son nom, je l’avais ajouté sur Facebook en bon et due forme il avait accepté j’avais pas organisé de party pour célébrer notre amitié ça me faisait rien. Pis one shot comme une slut internet j’suis tombée sur une photo de lui pis y lookait comme le plus beau gars du monde pis les filles capotaient j’suis sûre devant leur écran pis moi ma switch s’est mis à on.
Comme une web-groupie-konne-avec-un-k. Grosse affaire fake.
Je l’avais inboxé j’avais choisis mes mots comme si je rédigeais ma dissertation finale secondaire 5 je torchais la rédac-facebook j’avais écris :
«Salut. J’te trouve beau finalement. On va-tu boire du thé assis en Indien un moment donné.»
T’sais le «finalement» faisait en sorte de lui faire sentir que j’avais le dessus pis que j’étais pas desperate comme les autres.
MÉDAILLE D’OR DU INBOX LE PLUS ALLÉCHANT ET AVANT-GARDISTE.
C’est ça que je me disais dans ma tête. Convaincue genre A +.
Je bois même pas de thé mais c’était pas une question rendu-là c’tait pour l’esthétique pis surtout c’tait parce que le café c’est fucking trop obvious.
Mon cœur était truffé de lourdeur ça fait pitié on me part-tu une fondation.
Le fameux soir venu, le thé était ben trop chaud ma langue je la sentais pu pis lui il était beau finalement. Comme j’avais dit là. Ses pectoraux avaient l’air travaillés pis aussi ses dents me dérangeaient pu parce que quand il parlait j’imaginais juste ses lèvres mouiller les miennes pis c’était correk comme sensation. Même avant de le frencher je savais qu’il avait eu des bonnes notes à l’école du bec. Comme moé. J’pense. SONDAGE. Joke c’est trop long.
Rendu chez nous dans mon lit assez confortable dans ma chambre pas super bien décorée genre avec beaucoup trop de spots de gomme bleue sur les murs, je trouvais qu’il avait une maudite bonne poigne pour un gars qui écrit des tounes sur l’hiver. Il avait vraiment pas peur d’enfoncer ses doigts en corne dans ma peau de fille que ça fait longtemps qu’elle a pas frenché autre chose que son oreiller en forme de dude (ça existe).
Notre première fois s’était bien déroulée pis après on avait commandé de sushis c’était cool il me parlait de sa nouvelle guitare mauve de ses nouvelles bottes en cuir à quatre piasses de sa phobie des salles de bain et de son ami différent (fuckin weird mais il voulait sûrement être poli comme tout le monde sauf moi).
On se textait des affaires prudentes après ça on voulait jamais se montrer qu’on avait envie de se voir. Exemple :
Moi : Bon matin man !
Lui : Y fait beau !
Moi : Ouais ! La neige pis toute. Le soleil aussi !
Lui : Exacte !
Moi (après 4 minutes) : Tu fous quoi aujourd’hui ?
Lui (tu suite) : Pas grand chose !
Lui (tu tu suite) : Toi ?
Moi : Rien de fou là.
Lui (après 3 minutes) : K.

T’sais. Arke. Faque on se voyait pas souvent au début. Trop chicken. On voulait vraiment tout le temps que l’autre pile sur son orgueil avant. Des fois on se croisait par hasard dans la rue pis on finissait par aller fourrer sur son matelas. C’tait correk. On se faisait des rouleaux de printemps après. C’tait correk.
On allait voir des spectacles de musique avec beaucoup de guitare électrique ça me donnait mal au cœur tout le temps faque je faisais semblant de tripper y voyait rien. Les filles le trouvaient beau aussi. Il recevait souvent des inbox pleins de désir dedans ça lui donnait de l’énergie. Y’aimait ça chatter avec elles au déjeuner. Pour arrêter de penser à la longue journée qui s’en venait. Moi pendant ce temps-là je m’imaginais faire l’amour avec d’autres gars genre celui qui jouait du clavier dans le band qu’on avait vu la veille. C’tait vraiment une histoire de gars qui jouent de la musique. On passe toutes par là han. On leur trippe dessus pis on pense même pas à leur cœur genre on s’en fout de comment ils sont en dedans. Notre vagin pis notre personnalité Facebook sont ben trop contents.
On pourrait écrire «Works at aimer un dude juss pour son local fame». On passe toutes par là. On dort même pas collé avec parce que c’est pas confortable pis on sait vraiment pas pourquoi au début. On se promène dans rue avec pis on perd notre temps à regarder la réaction des gens qui passent en nous voyant main dans la main. On se dit ben trop fort dans notre tête que les gens doivent penser à nous deux avant de se coucher en écoutant des vinyles. Pis quand notre faux-amour joue de la guitare sur un stage dans un bar-sous-sol sur une rue ben trop obvious ben on pourrait venir du cœur en deux secondes parce que le dude en avant y va rentrer avec toi pis pas avec la fille au bar qui connaît les paroles de ses tounes. Toi tu les connais autant les paroles mais t’sais t’es pas conne tu vas pas avoir l’air aussi groupie qu’elle faque tu chantes en dedans de ton cœur pis tu prends tous ses mots pour des déclarations d’amour.
C’est juste ça qu’on retient.
On se trouve moins belle que lui on trouve que nos mains font pu rien de ben bon à part peut-être écrire des poèmes à sa sauce dans un journal intime.
Mais quand on vient de la campagne ou quand on vient de loin pis qu’on débarque en ville avec pas d’amis et pas vraiment de talent particulier même pas pour l’origami de base mettons, ben ça nous prend ça. On pense vraiment qu’on a l’idée du siècle pour être contente urbainement. On pense que ça nous prend quelqu’un de plus grand que nature pour avancer pis sentir quelque chose dans le bas de notre ventre.
On scroll notre feed Facebook pis on regarde les clips de gars qui travaillent dans un café en plus de faire le cover du VOIR pis on se dit «han un jour il va écrire des tounes sur moi pis je vais le laisser pis il va écrire un album au complet sur moi pis après moi je vais me sentir tellement grande que je vais toucher les étoiles pour de vrai».
Mais non. On tombe en amour en premier, genre du faux amour, mais tellement faux qu’on dirait que c’est plus vrai que vrai. On devient transparente genre pas de couleur pis on vit à travers un gars qu’on trouve cool. On sort dans les bars pis on boit la tête haute. On va le rejoindre. Y feel pas. Il veut pas te toucher. Tu comprends pas. T’essaye. Tu te criss tout nue. Ça fonctionne pas. Il s’endort. Tu brailles parce que c’est la première fois qu’on gars veut pas. Le lendemain matin t’attend qu’il se réveille. Il se réveille pis il se lève tout suite. Il ouvre son ordi pour chatter avec des filles qui disent que son talent c’est sûrement pas juss gratter une guitare. Tu t’en vas pis tu reviens jamais. Mais tous les soirs t’espère le croiser pis le faire changer d’idée.
Mais ça se passe jamais de même. Pis te te remets à brailler parce que l’esti y’avait raison.
T’aurais dû y répondre «ben oui je t’aime juss parce que t’es cool».
Mais qui qui dit ça dans vie.