Les Prèfs

Ma qualité c’est la patience

24/11/2013

«Ça sent juste mon tout-seul; le youjizz dans le Iphone, le linge qui sent le Café, les chandelles aux cupcakes dégueulasses, les photos de secondaire que j’ai l’air de pas m’aimer, la contraception sur le chevet…»

Photo : Michael Mayren

Être in luv comme dans les films genre comme dans Love Actually ça se peut.
Les seins qui pointent le ventilateur tout le temps.
Les doigts qui se collent à une face. Des scotch tape deux bords au bout de chaque doigt.
Ça arrive à tout le monde les grands sentiments. Stress po ça va v’nir si tu te dis fuck you moi j’ai juss pogné des laittes du cœur.
Mais c’est un grand chemin tough à pédaler quand mettons t’es en vélo de l’amour dessus. Moi j’pars pas d’avance j’suis pas sécure sur deux roues à la base.
On pense souvent que c’est de la faute des gars, han. Parce que leur face change pas souvent d’émotion parce qu’ils pensent pas tant que ça aux affaires de battements de cœur pis de yeux qui se mouillent.
Parce que les gars cherchent pas plus loin et les filles se perdent dans des voyages pas possible dans des pays intérieurs qui existeront jamais sauf dans les livres que personne est capable d’écrire sans pleurer jusqu’à en mourir noyé sous les poids con de nos questions vraiment pas nécessaires.
Les gars ça leur coupe le souffle de nous suivre. Ils nous lisent mal. Ou il nous lisent pas pantoute on saura jamais. Je pense que la plupart du temps ils essaient de nous deviner et ça fonctionne pas ils sont pas capable de voir clair dans notre féminité et dans notre fougue de sentiments de filles. C’est trop grand pour eux; notre imagination, nos élans, nos surprises, nos secrets, nos histoires de peau lisse et de yeux dans l’huile. Faque ils abandonnent.
Quand ils essaient de nous lire ils font ça en diago, ils nous survolent parce que c’est compliqué en dedans de nous, c’est un labyrinthe de princesses de Disney version réalité avec de la sexu pis des grosses chicanes que tu lui pitch ton cell dans face pis qu’après tu regrettes parce que l’écran est tout pèté osti. C’est ça pour eux.
Ils sont pas capable de comprendre ça veut dire quoi un soupire un long soupire de samedi soir sur le divan. Ils connaissent pas ça les soupires nos soupires qui veulent leur montrer qu’ils devraient nous regarder nous dégonfler à la place de regarder The Avengers avec Scarlett qui fitt criiiiissement ben dans sa combinaison en tissu qui existe pas.
On se dégonfle souvent assis dans le divan à pas sortir à parler d’application Iphone à pas se toucher. À envier Scarlett pis à vouloir faire un threesome avec en même temps.
Des fois on passe des vies en une soirée à essayer de les comprendre à faire la moitié du chemin et d’autres fois à faire toute le chemin. On aimerait ça toujours savoir comment les prendre, on essaie fort de les lire et de les apprendre par cœur comme quand genre moi je faisais des communications orales sur les Geishas à chaque année de mon secondaire.
On peut pas supporter de pas la regarder, leur face. Et ça nous déchire de passer des heures dans la même pièce à pas savoir qu’on est là vraiment. Et ça nous déchire de se partager avec des grandes distractions. On est jalouse des chats, de la télé chère, du nouveau Iphone 5, des grilledcheese maisons, des amis qui couch surf, du piano, des zombies.
Une fille c’est comme un journal intime vraiment pas de cadenas. Un journal intime laissé ouvert sur le comptoir par exprès. Méga prêt à ce qu’on le lise à voix haute et qu’on fasse un blogue avec.
On a juste envie de ça qu’ils s’en peuvent plus de sneak in dans nos pages d’intimité qu’ils meurent de grandes envies de toute savoir ce qui se passe dans nous entre nous tous les jours.
Ça nous arrive toutes. Même à celles qui te garochent dans face de l’amour grandiose à coups de soupers aux chandelles sur instagram pis de voyage au Pérou main dans la main pis de cadeaux en or pis de fiançailles à Punta Cana.
Souvent je vais me coucher au fond de l’appartement dans notre pièce qui est supposée être la nôtre à nous deux mais il s’en occupe tellement peu que ça sent juste moi entre les quatre murs. Ça sent juste mon tout-seul; le youjizz dans le Iphone, le linge qui sent le Café, les chandelles aux cupcakes dégueulasses, les photos de secondaire que j’ai l’air de pas m’aimer, la contraception sur le chevet, les bagues dans le pot en porcelaine, les cotons ouatés avec les manches comme des mouchoirs, les élastiques à cheveux, les bobettes transparentes qu’il faut vraiment pas avoir de poil pour les porter.
Je vais me coucher là pis j’attends au lendemain matin, je me réveille en plein milieu de la nuit il regarde la télévision les yeux fermés, les jeans serrés, la casquette sur la tête. Il fait le saut parce que mes chevilles craquent.
C’est long il faut attendre après son cœur pour qu’il se réveille comme il faut il faut attendre après ses yeux pour qu’ils se décollent et qu’ils voient que j’ai attendu toute une nuit dans la pièce du fond à rouler dans les couvertes neuves à avoir chaud pour rien à me friser les cheveux avec l’eau qui perle dans mon sommeil singulier de fille qui dort toute seule. C’est pas supposé se passer comme ça.
On devrait être synchronisé dans nos sentiments vouloir les mêmes affaires éternuer en même temps sentir la même chose chercher le vent à la même place loin devant sûrement. Ou dans les marges des amours ordinaires.
Parce que c’est insupportable de vivre les choses comme les autres les vivent c’est insupportable de respirer le même air fougueux c’est insupportable de se toucher aux même places que les autres. Pour se supporter ensemble il faut vivre la tête à l’envers l’amour à travers des yeux de film.
On pense que notre orgueil nous rend spécial aussi, mais on s’entre-tue à tirer chacun de notre bord, à s’aimer tous les jours avec trop de fierté.
Il faudrait être capable de se tomber en amour tout le temps à cause de rien. Se trouver laitte pis s’aimer pareil. Se regarder changer pis s’aimer encore plusse. Mais à la place on regarde des films chacun sur son divan à pas se toucher à pas se sentir à se regarder entre les grandes scènes mais pas longtemps juste deux secondes.
J’ai juste hâte qu’on se couche un par-dessus l’autre pis qu’on passe une nuit au complet à se souffler dans face.
J’ai le goût que les scènes de sexualité dans les films d’action dégueux nous donnent envie de fourrer mieux.
J’aimerais ça qu’il comprenne que j’aime Taylor Swift mais que pas vraiment dans le fond. Mais que je l’aime là. Mais pas en même temps. J’aimerais ça qu’il comprenne mon amour pour la pop-country-émotionnelle bi-polaire.
Mais on n’est pas pareil.
J’aimerais ça qu’il comprenne que je peux pas manger des pizza pochettes à chaque repas, mais que c’est vraiment pas parce que j’ai peur d’avoir un nouveau bourrelet. J’aimerais ça qu’il comprenne mon amour pour les kale chips pis le quinoa la fin de semaine.
J’aimerais ça qu’il me tienne par la main même si c’est pas confo même si c’est juste les gens qui se promènent au Quartier Dix-30 qui font ça ben relaxe le dimanche.
J’aimerais ça qu’il comprennent que Sex and the City c’est du génie, que la gymnastique ça torche le UFC (FUCKING UFC), que les leggings as pants c’est horrible sauf si t’as un fucking beau cul tight comme Kim Kardashian (pré et post-bébé les deux).
On n’est pas pareil.
Pis en même temps, en même temps d’être pas pareil comme moi, il comprend toute le reste en me surprenant toutes les minutes; en se rappelant de ma couleur prèf (vert forêt), en essayant fort d’apprendre comment me faire une tresse en cachette de ses amis, en acceptant facile d’appeler notre nouveau chien Vincent parce qu’une fois j’ai rêvé qu’on adoptait un chien pis qu’on l’appelait Vincent pis depuis cette nuit-là c’est sacré comme prénom de chien.
C’est sûrement ça qui est beau. Pas être pareil. Être maladroit tout le temps à pas savoir comment se prendre, à se flatter dans le mauvais sens, à s’embrasser avec trop de salive.
Faut peut-être juste se laisse tomber dans des bras de gars qui savent pas plus que nous comment capoter d’amour. Faut peut-être arrêter d’essayer de catcher pourquoi ils changent pas trop d’émotions de face, essayer de catcher que notre statut de princesse de Disney un peu conne ça les challenge encore plus à nous aimer comme il faut, à nous trouver belle dans notre bouette de château, à nous analyser à leur manière comme des gars qui courent après le bonheur pis après la vie tout court.
Il faut juste être patiente. Faut que ça devienne notre qualité. Pis je sais pas si j’aime ça.