Les Prèfs

Les passe-temps

05/01/2014

«Suffit d’un inbox pour fourrer un soir sur trois. Tout le monde sait ça.»

Photo: Ren Hang

Dans vie en général amoureusement parlant j’ai eu de la chance en or on pourrait peut-être m’offrir une médaille d’ambassadrice de l’espoir amoureux j’ai été chanceuse. J’ai commencé smooth avec un gars qui avait un cœur en forme de chien doux un gars pas mal le fun pour l’œil pis fin avec mon père genre qu’y jasait de vin avec pis y goûtait à ses hors-d’œuvre à la gélatine de piment dégueulasse mon père se prend pour fuckin chef Louis.
Y’était vieux peut-être un peu trop mais son BBQ était tout le temps sur la coche pis son cousin c’était José Théodore, y frenchait ben y frenchait pas trop wet pis ses mains savaient vraiment ce qu’y fallait faire avec un fille genre moi pas trop sûre de son corps dans ce temps-là.
Après presque deux ans une jeune fille encore adolescente-conne ça se tanne d’un cœur en forme de golden retriever faque toute seule dans mon appartement sur St-Joseph je cherchais dans le web des fausses célébrités locales qui pourraient m’électro-choc le cœur ben comme faut tellement fort que je pourrais peut-être mourir d’amour fake un moment donné.
Suffit d’un inbox pour fourrer un soir sur trois. Tout le monde sait ça.
J’avais trouvé un gars qui ressemblait à un acteur des films de Bertolucci on se disait qu’on s’aimait on mangeait souvent des sushis j’étais tout le temps malade pis lui aussi je me rappelle je lui avais donné ma fucking grosse gastro. On s’aimait même pas pour de vrai pis plus les jours avançaient moins on s’aimait un moment donné on s’est même rendu dans le négatif je m’en rappelle c’était sur son toit j’avais la bouche sèche le rouge à lèvres pogné dans les coins on se disait je t’aime en jouant aux contraires dans notre tête chacun de notre bord.
J’t’aime. Not (dans notre tête).
Un matin qu’on faisait l’épicerie pour se faire un esti de gros brunch ben trop santé au Valmont il avait arrêté de jouer aux contraires dans sa tête pis y m’avait juss dis «en té cas j’t’aime pu tu me goss un peu ça veut sûrement dire que le luv est parti en courant». J’avais morvé sur mon manteau en fausse fourrure une quinzaine de minutes le nez en croûte en marchant sur la rue qui longe la vie de tout le monde de mon âge (la rue Mont-Royal si t’es pas dans game) pis j’avais eu le goût d’appeler ma mom elle m’avait toujours dit qu’il ressemblait ben trop à rien pour le garder longtemps. Moi j’avais la tête dans un carré de sable d’amour esthétique.
C’était l’hiver pis c’était surtout le jour de sa fête, je pouvais pas vraiment l’appeler pour brailler, c’est sketch de pleurer pour autre chose que pour la vieillesse de sa mère dans ce temps-là. Maudits adons de célébrations d’âge.
Après ce matin-là, je passais mon temps à rouler dans mes couvertes à me faire des selfies avec des gros mots de rajoutés dessus sur Paint je me saoulais au vin blanc dans une tasse à café j’écrivais des poèmes de gars qui porte des chandails ben trop serrés pour vivre des poèmes sur un grand frisé découpé en deux des poèmes sur un autre pas rapport avec pas de cheveux pis les yeux noirs qui prend des photos de totons. Je passais mon temps à écouter la série sur les trois blondes de Hugh Efner je me disais «crisssssss ça l’air po pire pantoute de sortir avec Hugh j’pourrais envoyer mes photos à Playboy» mais je finissais tout le temps par pleurer à cause de mes p’tits totons blancs pis à cause de mon nez pis à cause de mes fesses de pre-teen fille de prof d’aérobie.
C’tait rough.
Je passais surtout mon temps à me demander si dans vie y fallait que je me trouve une nouvelle distraction qui allait me dire que j’suis belle aux trois quatre minutes. C’est-tu comme ça que ça marche ; ton orgueil se brise un brin tu te sens tu-seule t’as le vagin énervé t’as le cœur qui a besoin de se faire flatter le velours des fesses faque tu retournes sur facebook chercher le gars qui gagne le concours de celui qui like le plus souvent tes photos de profil.
Pis surtout surtout tu recommences à jouer aux contraires dans ta tête avec celui qui gagne jusqu’à temps qu’un des deux se tanne ou jusqu’à temps qu’un des deux trouve un humain qui sait parler tout haut. Des vraies choses. Dans le bon sens.
T’as deux choix dans le fond, rouler dans ton lit deux semaines de temps manger des ramens avec de la Sriracha gosser sur facebook te partir un tumblr de photos de personnes plus belles que toi pis finalement sortir de chez vous pis continuer à vivre tu-seule avec toi même bien dans ta peau le plusse possible. Aller boire une bière au bar tu-seule. Te trouver cute. Te faire à souper. Appeler tes amis. Faire confiance au temps qui passe.
Ou juss te garocher sur quelqu’un qui a une belle moustache sur Instagram. Rêver à lui qui sonne à ta porte. Le inboxer cochon-naïf. L’inviter à la Buvette. Pas porter de bobettes. Fourrer dans le lit de ta coloc en vacances. L’appeler une fois de temps en temps (quand t’es saoule parce que finalement y’est pas assez beau pas paquetée). Sortir avec en temps et lieu parce qu’un moment donné un dude se tanne se juss se faire bootycaller je sais. Pis même pas vraiment l’aimer. Mais yo t’as un chum la grosse t’es safe dans vie.
T’as deux choix pour passer le temps entre les grands sentiments (les gars de ta vie). Attendre ou pas. Dompter ta patience encore une autre fois. Différemment.
Y faut faire quoi anyway quand on se sent toute seule pis que c’est pas supportable, quand on n’est même pas capable de respirer le même air que soi, qu’on a envie de boucher les trous avec n’importe quoi sauf avec rien ou sauf avec du porn dans le MacBook.
On se trouve un passe-temps humain pis on s’en fout de lui planter des échardes dans le cœur on fait semblant égoïstement juste pour pas rester pognée à chiller avec soi-même le dimanche soir à écouter Tout le monde en parle pis à tweeter son opinion qui vaut rien dans le fond.
Les filles on prend souvent le chemin easy breezy de gars bibelot. Diachylon de Vie que je dis.
Pis là avec ton chum comme une salle d’attente tu te sens en sécurité tu te dis que t’es bien dans le fond avec des bras forts qui t’enroulent les insécurités. Mais tu joues à l’osti de jeu des contraires dans ta tête c’est plus fort que toi.
Moi je faisais pareil je pouvais pas me supporter. Après les séries, les ramens, le stalking facebook, le tumblr j’ai pas été assez forte pis je me suis mise un dude au micro-onde pour être sûre que je valais quelque chose dans la grande vie affective.
Je l’avais rencontré dans un salon de thé que tu t’assois par terre c’est trop pas mon genre mais je voulais essayer des nouvelles affaires vu que justement j’essayais d’être toute seule pis d’être bien avec mon grand corps pis mon esprit colorié en couleurs foncées. On parlait de thé au jasmin qui goûte la plante dégueulasse pis je savais déjà qu’on allait faire de la sexu chez nous après j’habitais à côté sur le Boulevard dans ce temps-là pis on se regardait drette din yeux ça veut souvent dire qu’on est horny ça quand ça arrive avec des presqu’étrangers. Juste pour me prouver que j’allais pas tomber in love j’avais pas mis de déo avant ma date mais lui il avait trouvé ça fuckin audacieux pis son cœur avait fait mille tours de manège de l’amour pendant que le mien voyait une opportunité de boucher des trous avec des faux sentiments.
Pour pas être tu-seule on sort avec des gars de même, des gars qui servent juste à exister dans le quotidien pas trop amoureux, on ferme les yeux pis on est capable de se convaincre que les highlights de nos saisons c’est des soupers d’amis le dimanche à écouter son faux chum parler des vidéoclips qu’ils réaliseront jamais pis des chansons qu’ils écriront jamais pis des filles célèbres qui fourreront jamais. On n’est pas méchante c’est juste de même que ça marche en dedans on pense à personne d’autre qu’à notre coeur toute crotté quand on se sent de même.
La semaine on part étudier Madame Bovary à l’UQAM ou on calcule nos calories dans un potluck étudiant pis on parle des gars qu’on aime-fourre. On aime ça se voir sur leur photo de profil Facebook on aime ça quand ils nous instagramment en écrivant en bas de la photo «moé pis ma blonde au chalet soirée Crânium hashtag noëlenfamille». Dans ce temps-là on se dit «asti je pense que l’année prochaine on arrive dans belle-famille avec un bébé bleu pis aussi on pourrait lui faire un instagram pis le manager à deux pis poster des photos de lui qui vomit sur son onepiece en tissu local j’suis sûre ça vaut plein de likes asti 2014 la gloire web des nouveaux bébés».
Nyways.
Moi too je chassais la solitude à ma façon avec le dude qui bois du thé qui goûte l’air. On passait le temps on se supportait l’un l’autre en attendant que je sois assez bien pour tomber in love pour de vrai ou mieux encore en attendant que je sois oké pour rester toute seule.
On est folle quand on est toute seule.
On fait des party d’égratignures sur le cœur on s’en plante dans le nôtre on en garoche dans celui des gars qui veulent juste ça nous flatter les fesses du cœurs.
Parce qu’on donnerait n’importe quoi pour pas être folle aussi.
C’est la pire affaire se dire à soi-même qu’on est correk belle, de trouver personne autour pour le dire à notre place.
Sti que ça serait le fun d’être capable.
Je pense que c’est ça la grande quête de la vie c’est aimer ça boire toute seule au bar se cuisiner une recette ben tough s’auto-props le quotidien de fille capable de pas tomber en amour avec du temps qu’on achète à des gars qu’on n’aime même pas.

Faudrait peut-être arrêter de gaspiller les minutes de nos vies à essayer de chercher de l’affection. On n’en a même pas besoin. En attendant de tomber in love je parle. Après ça c’est autre chose.