Les Prèfs

Les Compétitions

03/05/2014

«C’t’une compétition de qui qui va réussir en premier à convaincre ses parents de lui acheter la jupe patchwork Diesel à 200$»

Photo : Chad Moore


On est toutes méchantes à quelque part on s’en sauve pas.
On a toutes déjà souhaité la mort de la fille full plusse nice que nous qui avait un nom composé funcky en secondaire 1 genre Marie-Popu.
On l’haïssait Marie-Popu avec son écriture de cœur à la place des points sur les «i» pis son tamagotchi de Toucan pis ses mèches fuuuucking faites au casque bleachées parfaites jaunes pis son t-shirt Paul Frank de singe avec des broches.
On voulait qu’à meurt juste un peu pas longtemps pour y faire peur là pas la vraie mort personne mérite ça sauf peut-être plein de monde.
Je me rappelle parfaitement de la fois que Marie-Popu est débarquée dans classe avec pu de palettes parce que son grand frère l’avait fait tomber d’une balançoire. J’avais souhaité fort méga fort que ses dents repoussent jamais mais la criss elle était tellement cuuuuute que les gars la prenaient en pitié pis y capotaient encore plus. Y disaient «Han pauvre Marie-Popu viens je vais mâcher ta sandwiche au jambon pour toi ça va mieux passer dans ta gorge en velours».
Moi j’avais écrit dans mon journal intime :
«Cher Journal, ajd Marie-Popu a mangé une sandwiche pré-mâché par Jean-Kool pis sa me fais chier pk est plus belle que moi même avec po de dents. Tk bonne nuit demain g de la gym tôt.»
La peur des filles ça commence tôt de même. Ça commence avant même que tu catch toutes tes règles de participes passés.
Très tôt j’ai aussi eu peur de ma voisine de case qui avait des rallonges de tresses même quand elle revenait pas d’un Tout Inclus avec ses parents faux riches, mais c’est vraiment Marie-Popu qui me glaçait le sang de jeune conne.
Au secondaire j’étais vraiment pas la fille ingrate qui fait pitié, j’arrivais à me tenir assez proche de Marie-Popu, un mois sur deux elle m’aimait assez pour s’assoir à côté de moi au lunch ça me gonflait le cœur assez longtemps pour endurer le mois d’après. J’étais tellement bonne pour faker d’avoir confiance en moi que je m’en sortait pas pire bien pis personne m’écoeurait pis j’avais du criss de beau linge Jacob Jr. Ça m’aidait. C’tait malade.
Au secondaire on se start vraiment pas ça du bon pied l’amour entre filles. C’t’une compétition de qui qui va se faire aimer le plus par Marie-Popu, c’t’une compétition de qui qui va dire la chose la plusse méchante sur la fille qui vend des mousses au choco à cantine, c’t’une compétition de qui qui va réussir en premier à convaincre ses parents de lui acheter la jupe patchwork Diesel à 200$, c’t’une compétition de qui qui va créer la chorégraphie la plusse nice sur une toune de Missy Elliot.
C’était vraiment pas une compétition de pipe dans le bus pis de tampon de vodka dans noune. J’nous donne ben ça.
Mais quand même. On commence mal notre vie de femmes en communauté.
À cause du vieux temps de jeunesse fragile j’ai peur de plein de sortes de filles encore tout le temps fucking tout le temps ça arrête jamais.
J’ai peur de la fille qui peaufine son humour gris-nouère dans les insécurités des autres. J’ai peur de la fille qui te dit que tes cheveux nouveaux sont beaux mais que sa face fait dire que même en secondaire 2 elle aurait pas eu c’t’idée-là parce qu’est wise du capillaire depuis qu’elle est sorti du bijou de sa mom.
Elle te la cache même pas sa face obvious, elle te prend pour une sacoche en pensant que ses compliments de caniche vont faire passer inaperçu son air de vieille sèche.
Dans ton dos elle va se starter un tumblr avec des montages de toi pis des personnages de Hé Arnold pis elle va faire rire toute sa gang d’amies d’université qui ont des coupes carrées coupées drette chez leur chum de fille un peu plus vieille qui était coiffeuse juste juste avant de se rendre compte que le métier d’avoir des bébé à mode pis photogéniques c’tait ben plus payant.
J’ai peur des filles trop belles avec leurs ongles turquoise pâle pis leurs bracelets faites avec leur pierre de naissance offerts par leur grand-mère militante diplômée morte l’an passé dans un lit vendu 3 000 piasses sur un blogue de meubles vintage. Ces filles-là elles transpirent pas pis leurs mains sont douces elles font jamais d’eczema entre les doigts comme n’importe quelle fille qui stress un minimum dans vie urbaine. Ces filles-là elles boutonnent leur chemise jusqu’en haut pis ça les étrangle jamais jamais jamais. Elles portent leurs bottes de pluies fucking chères vraiment juste quand y pleut pis leur appartement sent jamais le chat. Il sent tout le temps le linge propre pis le plant de basilic en santé pas acheté chez IGA.
J’ai peur des filles ben trop drôles. Elles font rire les gars à gorge super déployée pis c’est toujours à elles que les plusse beaux envoient des snapchat vraiment drôles de leur chien spécial qui marche sur deux pattes habillé en monsieur. Moi je reçois jamais rien d’eux autres, c’est toujours les drôles qui profitent de l’intimité des beaux dudes. Y capotent sur leur humour absurde de fille assez wise pour miser sur sa répartie plutôt que sur son cul tight. Ça me fait peur de prendre un risque de même moi. Pas elles. Elles elles disent «check comment je suis capable de rire de la grosse madame dans l’autobus sans que ce soit méchant check comment ma joke de chien saucisse à te fait sortir le coke que tu viens de boire par le nez check comment ma brillante observation sur ton quotidien déprimant te rend presque la muse de n’importe quel humoriste genre Louis-José».
Ouan, ces filles-là arrivent à faire sentir n’importe quel gars comme l’inspiration d’un sketch des Grande Gueules. Ça start leur feu brûlant en dedans pis y capotent facile. Sur la fille drôle.
Moi à part ma joke de grain de sable justement, ben j’suis plus ou moins outillée pour faire oublier au dude-que-je-désire-autant-que-DiCaprio que j’ai vraiment pas les totons de Kate Upton.
Quand on tripe sur des gars on devient self conscious pis on oublie nos talents pis on se check les défauts de corps pis on se dégonfle pis on rate nos jokes à développement pis on bégaie pis on se met à avoir le hoquet pis on peut pas finir notre punch.

J’ai peur de la fille plus belle que moi du dehors ça c’est inévitable j’envie les gurlz assez petites pour sortir d’une voiture deux portes vraiment easy breezy facile. Moi quand j’essaie de rester habile dans mes mouvements j’ai quand même l’air d’une fille qui s’était pliée en quatre pour rentrer sur la banquette arrière. Souvent je me fais la corde à linge avec la ceinture aussi. Quand j’passe vraiment pas une bonne journée là. Pis aussi c’est sûr qu’en sortant je montre mes bobettes à tout le monde su’l trottoir.
J’ai aussi peur des filles qui portent la coupe courte comme des championnes qui ont pas besoin d’une tonne de cheveux grichoux pour attirer l’attention capillairement.
J’ai peur de la fille plus fines que moi.
Moi j’haïs ça les enfants, les bébés animaux, les vidéos de mami qui gossent pour la première fois avec un ordi, les chorégraphies de danse à couper le souffle d’une gang d’enfant dans un gymnase d’école. Ça me touche pas la bonne cuisine, ça me touche pas les couples fucking cute sur insta, ça me touche pas les photos de ton jardin maison, ça me touche pas le nouveau outfit de ton bébé, ça me touche pas le vidéo de lui qui rampe comme n’importe quel autre enfant qui rampe, ça me touche pas les vieilles photos de tes parents, ça me touche pas le diplôme de police de ton p’tit frère, ça me touche pas ta place de yoga trop sweet, je prendrai jamais le temps de m’informer sur toutes ces affaires-là.
Mais la fille plus fine que moi, elle oui. Deux fois plutôt qu’une même.
Elle va donner dix piasses au sans-maison qui crèche dans le portique de l’église à côté pendant que moi je me sens tout le temps tout croche de pas avoir une criss de cenne à lui donner. Je pense ben trop à mon temps qui file pour écouter son histoire de vie aussi.
J’ai peur parce que je suis plus souvent pas fine que fine. C’est rushant être égoïste. Mais j’essaie de m’améliorer quand même parce que ça me travaille vraiment d’être dans la catégorie des pas fines. T’sais c’est pas évident de se vendre quand t’es soft-méchante au quotidien. Dans une compétition de qui qui va sauter à l’eau la plus vite pour sauver le p’tit chien c’est sûr que je perd parce que no way que je me mouille pour un caniche qui coule des yeux. Ça m’aide pas full si je veux upgrader ma vie d’amour pis mes relations avec les humains fins. Tough.
Les gars y se disent «manne la fille est pas capable de sortir d’un char deux portes tu seule pis à donne jamais une cenne aux itinérants c’est vraiment pas le jackpot j’ai fucking pas le goût de la mettre dans ma liste d’envoies de snapchat».
Faut être fine dans vie. Pis c’est dur. Faque moi des filles fines spontanément ça m’impressionne pis ça me fait peur. Les osties y me volent mes chums.
Qui qui veut de t’ça.
Faque des fois j’essaie vraiment fort d’être comme ces filles-là pis ça sonne pas si faux pis les gars n’y voient que du feu, mais je tiens pas longtemps pis après une couple de dates je commence à sacrer après la serveuse pis après mon ex de Québec qui atchoumait quand on fourrait pis après sa moustache tirée par les cheveux pis après la bouffe qui prend son temps pour arriver pis là le gars y débuzz pis y se dit «han j’pensais vraiment que j’avais pogné une fine».
Ça finit qu’il me dit que sa meilleure amie lui trotte dans tête pis qu’il a peur de passer à côté d’un mariage solide pour pas trop me faire de la peine à frette de même faque je me ramasse tu seule avec ma seule joke, mes gros cheveux, pis mes listes de méchancetés. Faque je me mets à avoir peur de moi pis ça ben c’est la pire affaire au monde.