Les Prèfs

La p’tite maudite

24/01/2012

«Ses colliers de victoire sèchent ses marées basses.»

Photo: «Elle», Michel Ouellette

Elle a les cheveux bruns ce matin mais hier elle avait les cheveux blonds elle était plus belle en rousse elle a jamais été rousse elle était plus belle quand elle jouait pas à la tag avec ses émotions de pharmacie.
Les boîtes de couleurs de la cinquième rangée c’est comme son salon souvent.
Des fois elle se fait des mèches avec du mascara.
Elle a les yeux bleus elle avait les yeux rouges avant elle pleurait souvent mais elle a appris à gagner alors c’est le bleu qui reste et elle sourit plusse aussi avec ses médailles dans le cou.
Médaille d’or pour cette fois-là.
Médaille d’argent pour cette fois-là.
Médaille d’or pour le gars qui portait des t-shirts grands et blancs médaille d’or aussi aussi pour celui qui voulait rien savoir d’une coupe Mile-End même si c’était beau même si ça lui faisait pas tant faire de fashion statement.
Ses colliers de victoire sèchent ses marées basses.

Elle a de beaux seins comme des pommes trempées dans le sucre d’orge trempée dans les beurre de pinne trempées dans de la nouvelle neige pas prévue.
Des seins chargés.
De vraies comédiennes. Des cousines. Tes boules c’tu des cousines.

Elle a des bras que j’aurais payés aussi chers que de l’épicerie fine fine fine pour au moins une année. L’autre fois je lui ai demandé ça se vend où des bras comme les tiens elle a répondu ça se vend sur le bord de l’eau.
Faque je suis allée sur le bord de l’eau dans le Vieux je voulais pas traverser le pont et me dépayser déjà que.
Faque je suis allée sur le bord de l’eau et j’ai pas vu de bras à vendre elle devait rire de moi à m’imaginer les chevilles dans le fleuve avec mes 20 piasses dans les poches avec mes bras les miens dévissés supers prêts à se faire remplacer.
Par des ficelles de filles qui font pas de nœuds même quand y’a ben du vent.

Alors au lieu de faire du troc mes bras contre des 20 piasses je crache dans le bord de l’eau je crache sec pour être polie je lance l’intérieur de mes joues sur les vagues ça les change en bitch.
Et ça recommence je rentre chez nous avec mes bras de natation mes bras de pivot au basket ball secondaire 5 je rentre chez moi vers le Nord avec mes épaules comme des monsieurs et/ou des camions remorques.
Je rentre chez moi avec l’envie en feu de camps de vacances dans le bas de mon ventre qui brûle des guimauves de jalousie. Pour faire des smores comme des chemisiers pour filles maigres.
La p’tite maudite à cause d’elle je fais des dessins de camions et des stratégies de jeux d’équipe à cause d’elle je me cuisine des sandwiches sucrées pour souper comme dessert à cause d’elle je hang hout dans le Vieux gris proche de l’eau.

La p’tite maudite elle me fait dévisser mes bras pour rien maintenant j’ai pu de grip. Je peux pas attraper personne je peux pas attraper personne je peux pas attraper personne à cause de la p’tite maudite j’ai pu de doigts pour flatter les chiens j’ai pu de doigts pour tresser ma couette j’ai pu de doigts pour crémer mes jambes j’ai pu de doigts pour gratter mes gratteux j’ai pu de doigts pour trier mes smarties j’ai pu de doigts pour fouiller dans des jeans j’ai pu de doigts pour faire des fingers j’ai pu de doigts pour écrire des messages dans les vitres d’autos pas propres j’ai pu de doigts.

J’ai pu de coudes.

J’ai pu de dessous de bras c’est plate y’a des gars qui aiment ça se cacher là.