Les Prèfs

J’ai de quoi à te dire

26/08/2014

«Que j’te pogne à essayer de me voler ma pointe de pizza d’affection parfaite.»

Photo : Ren Hang

La dernière fois que je suis tombée en amour c’est parce qu’un dude m’a inboxé le mot vulve.
Vulve avec une majuscule pis un point à fin. Un message simple. Épuré. Une attention discrète. Juste. Adéquate là. Bien pensée aussi. Surtout.
J’étais contente de voir un p’tit crime bine de carré rouge-victoire dans le coin de mon écran d’ordi. J’étais encore plus contente de voir son nom apparaître.
Pis quand j’ai vu son message je suis vraiment tombée en amour.
Ça m’a juss pris ça.
Depuis ce temps-là le mot vulve il est fucking important pour moi. Dans ma vision de l’amour là. Y’est au top de mon champs lexical de vie. À chacun ses combinaisons de lettres préférées. Moi c’est celle-là. C’est rien d’autre. Son message ça aurait pu être plein de choses.
Slu boté.
Bon matin ma belle colombe.
Tu m’fais capoter.
Non. Juste vulve. Pis c’tait assez.
J’avais répondu pinisse. Avec un «i» au lieu du «e» accent aigu pis deux «s» pour faire plus sexu. Lui aussi y’avait capoté. J’suis sûre. Je l’imagine facile être bouche bée dans la noirceur de sa chambre qui sent la pizz le visage éclairé par le branding frais de Facebook. C’est sûr que dans sa tête y s’était dit «Hey j’ai trouvé la bonne. Enfin esti.»
C’est rare trouver quelqu’un qui comprend les mêmes affaires que nous moi en tout cas des fois je me demande si j’pas tu seule sur mon île des fois je suis vraiment sûre que y’a juss moi sur la terre qui peut avoir des envies de coups de pieds din genoux de petits gars qui gossent dans le métro. Des fois je rêve éveillé que je crie ben fort din oreilles d’une madame conne qui regarde mon t-shirt bédaine comme une grosse sainte pas touche. Je m’imagine lui crier des affaires genre :«T’ES CONNE» vraiment fort sans pitié. Mais je le fais jamais. Des fois j’ai le goût de couper la belle grand tresse d’une collégienne dans la file à l’arrêt de bus je m’imagine sortir des gros ciseaux de ma poche pis chop chop la tresse de princesse qui gosssssssssss. Mais je le fais jamais. Des fois j’ai envie de voler le sac de chips d’un gros monsieur dans une salle d’attente juss pour voir si les gens autour vont le défendre. T’sais c’est ambiguë. Le gros monsieur mange des chips. C’est pas bon pour lui. Je lui vole. Je rends service. Qui qui veut vraiment faire en sorte qu’il le récupère son sac de chips. Personne tant que ça. C’est totché. Mais ça non plus je le fais jamais. Des fois aussi j’ai envie de liker pis de commenter toutes les 212 photos du voyage à Athènes de ma cousine Mireille avec son nouveau chum vraiment pichou mais je me dis tout le temps qu’à penserait que je trippe vraiment sur sa façon de voir la vie à place d’être gossée par mon sarcasme.
Je les fais toute pas ces affaires-là pis une criss de chance. Sinon j’aurais jamais de tchum pis je fourrerais juss dans mes rêves quand j’suis chanceuse.
Mais là après cet échange Facebook digne d’une lettre passion entre Simone de Beauvoir pis Nelson Algren dans de le dos de Sartre, ben c’était confirmé je l’avais trouvé le bon mien qui réside sur la même planète que moi. C’tait clair comme de l’eau mééééga claire. Plus clair que ça tu meurs pas mais presque. En tout cas c’tait coulé dans le béton qu’on allait s’aimer longtemps pis que personne allait être capable de me le piquer.
Que j’te pogne à essayer de me voler ma pointe de pizza d’affection parfaite. Anyway quand on est amoureuse nous autres les filles ben trop intenses presque presque rushantes on devient gardienne du cœur du gars qu’on aime plus que Usher pis notre vie tourne autour de sa protection ultime. On lui met une pancarte dans le cou qui dit «pas touche mon esti» pis on le regarde vivre. Avec le sourire. C’est ça l’amour, han ? Oui. C’est ça. Rien de plus sain.
Pis quand une guidoune vient jouer dans nos plates-bandes c’est sûr de chez sûr que ça tourne au gros vinaigre. Faut demeurer fidèles à nous-même pis être digne d’une criss de folle comme dans les films sinon notre vie est pas excitante. Exemple. L’autre soir l’homme de ma vie de ces temps-ci m’arrive avec une anecdote salée de fille qui voulait vraiment faire l’amour avec même si ma face est all over son Facebook avec des tendres quotes de The Notebook. La fille à s’en crissait de notre bonheur de couple qui va ben. À voulait fourrer le gars qui jouait dans les annonces de Musli pis dans le film le plus triste du Québec. Pis je la comprends là. Mais y’est à moi criss. Faque je me suis fâchée. Pis je lui ai écrit le plus beau inbox que j’ai jamais écrit de toute ma pas sainte vie de fille rushante finalement. Ça va comme suit.

«Salut criss de conne que j’haïs,

C’est moi la blonde du gars que tu voyais dans ta soupe ben saoule hier au soir tout en t’enfargeant dans tes pattes de fille qui peut juss boire un vodka canneberge sinon à vomit. J’voulais te dire que t’sais si tu peux vraiment pas te retenir de fourrer l’homme au cœur déjà pris par moi, on peut faire ça tous ensemble, les trois. J’t’invite chez nous, j’habite dans l’est, c’est sûrement pas loin de chez vous. 15 minutes en bixi gros max ? Ouais, on pourrait faire ça à place parce que t’sais entre filles on n’est pas supposées se voler des gars dans vie. Surtout à notre âge. On devrait avoir appris. De notre passé effervescent de filles insécures.
Là on n’est pas obligées obligées de s’aimer, mais rendue là faut s’haïr en cachette sinon ça crée du drame pis on scrap toute le travail qu’on a fait pour avoir l’air de des madames. Faut se donner un coup de main. R’garde, tu cherches l’amour. J’vais t’aider. J’ai pensé à Tinder.
J’ai des amis qui pourraient installer l’application sur ton téléphone intelligent si jamais c’est trop tough pour tes ongles shellac trop longs qui t’empêchent de taper avec efficacité.
En tout cas. C’est toute.
Pas cordialement,
Sarah, la fille que si à te croise dans rue à va te faire une jambette en espérant que tu te pètes une palette comme dans Sex and the City quand la femme de Big surprend Carrie dans son appartement je pense que c’est dans la saison 3. En tout cas dans cet épisode-là à se bèche dans les escaliers pis à se pète une dent. J’aimerais ça que ça t’arrive.

P.S C’t’une joke pour le trip à trois tu m’écoeures ben trop.»

Après ça j’ai regardé toutes ses photos sur Facebook je les montrais à mes amies pis on s’est vite entendu pour dire qu’elle était vraiment handicapée de la face PIS du cœur. Une conne là. De toute façon une fille qui se met du rouge à lèvres noir pis qui est même pas punk ni gothique c’est sûr que y’a de quoi de louche là-dedans. Faut laisser ça aux autres les teintes trop foncées pis les statements beauté ben edgy.
Ça me faisait du bien toutes mes gurlz faisaient une moue dégoûtée à chaque fois que je scrollais ses photos de profil ça me rendait vraiment belle pis forte. Pis après ça je me suis faite une belle selfie parfaite avec mon filtre préféré pis la lumière de dehors pis un sourire nonchalant j’ai eu plein de likes pis ça a confirmé que j’étais ben plusse nice qu’elle pis que mon couple était pas en péril. Ma vie allait bennnnnn.

Mais un moment donné les likes arrêtent de rentrer. Quand t’ouvres ton téléphone pis que t’as pas de p’tit cœur tendre qui te confirme que t’es chix tu te mets à angoisser. Faque quand ma selfie a arrêté d’exciter les 12 étrangers qui me suivent sur insta je me suis mise à avoir envie de pleurer mon break up anticipé. Cette fois-là c’tait la pire. Je me disais que peut-être que la fille était plusse nice que moi peut-être qu’à scorait plus haut au niveau du bec peut-être que couchée sul dos elle on voyait encore ses totons peut-être qu’à savait jouer avec un pinisse vraiment bien mieux que moi peut-être qu’elle avait gagné l’équivalent d’une médaille d’or aux Jeux de la Sexualité peut-être que ses jokes étaient super plus drôles que les miennes peut-être qu’à ratait jamais un punch même ben paquetée peut-être qu’à cuisinait comme Marilou peut-être qu’à chantait aussi ben que Christina Aguilera dans Lady Marmalade pendant le boutte ben intense là peut-être que sa grandeur d’âme égalait la générosité de ceux qui se rasent pour Leucan peut-être qu’à me torchait dans toutes les catégories peut-être qu’à me clanchait dans la discipline d’être une blonde formidable.
J’me disais que peut-être que le gars que j’aime autant que j’aime la toune Partition de Beyonce allait pencher plus de son côté maintenant qu’à l’existait dans nos vies. J’me disais que j’devrais peut-être commencer à faire mes boîtes tu suite pis aussi m’ouvrir un compte Tinder au cas où je me ramasse tu-seule à cause d’elle.
T’sais des fois on se cherche des raisons pour haïs des affaires. Ben moi c’est pour ça que j’les haïs les filles. Ça a beau vieillir ces affaires-là ça apprend même pas.

J’attends toujours sa réponse, c’est écrit «vu à 3h12», à doit être hangover à matin je vais lui laisser le temps de se réveiller.