Les Prèfs

Han

24/04/2016

«J’suis sûre qu’y sortent ensemble.»

Photo : Margaret Durow

Photo : Margaret Durow


Je viens de laisser l’homme de ma vie. Celui qui aurait pu me fabriquer des enfants supers tannants mais super wise en même temps. Des enfants avec de quoi de wrong mais d’adorable aussi genre une myopie vraiment précoce ou un talent étrange pour sculpter des œuvres d’art dans des gommes d’étrangers séchées en dessous d’un banc.
Je viens de laisser l’homme de ma vie. Celui qui aurait pu me guérir de ma phobie des salles de bain ou des sauterelles en été ou des gens qui crachent. Celui qui aurait pu m’aider à devenir quelqu’un de vraiment nice.
Parce que c’est ça que je veux dans vie, j’pense. Devenir quelqu’un de vraiment nice. Juste ça. Dans ma tête c’est beaucoup pis il m’aurait aidé à atteindre de quoi de pas pire.
Mais je l’ai laissé. Ben on s’est laissé. Je sais pas. On l’a dit en même temps genre le timing était parfait y’en a pas un qui a parlé avant l’autre pis ça me rassure. Parce qu’un quand t’es pognée pour prendre les devants t’as la culpabilité qui te grignote la pointe du cœur pis t’as la peur de regretter qui t’empêche de parler comme il faut pis d’apprécier la vie qui vient après; les becs qui goûtent de quoi de nouveau (souvent le Jameson, mais on oublie), les potlucks excitants pas juste pour ton appétit, les inbox qui te donnent envie de bien écrire, les messages textes qui te gardent éveillées la nuit même quand t’es full fatiguée pis que t’as de quoi de tôt le lendemain.
Quand t’es pognée pour te faire laisser tu te sens comme une crotte de nez pis ça c’est pire égal. T’oublies que t’es allée à l’école, que t’as plein d’amis cool, que tu sais cuisiner correk genre que t’as une recette passe-partout pour impressionner quand y faut, t’oublies que t’as un bon cardio, que ton appart pourrait peut-être passer dans un magazine, que tu donnais tout le temps ta collation au p’tit pauvre de la classe en secondaire 1, que tu looks pas pire pantoute dans du médium pis que ta peau est douce sans que t’aies à la crémer à tout bout de champ. T’oublies que t’es chanceuse un minimum dans vie.
Faque peu importe c’est pas évident. T’as juste le goût d’être dans le milieu pis de pas avoir à te séparer de l’amour de ta vie juste parce que ta vie justement la criss à change de bord sans t’avertir. Je sais pas pourquoi elle fait ça. Moi en tout cas je pensais que j’étais casée pis que jamais j’allais avoir à être insécure, que jamais j’allais avoir à douter de ma beauté dedans-dehors à travers les yeux d’un gars. J’étais contente d’avoir passé par-dessus ça, d’avoir trouvé la personne qui allait tomber en amour avec moi un peu plus à tous les jours même si j’ai le nez croûté après quatre-cinq jours de grosse grippe.
Là je suis fatiguée pis ça me tente pas de chercher.
De me remettre à porter mes jeans qui sont tellement serrés que j’ai mal aux ovaires à longueur de journée, d’atténuer mon humour méchant qui parle tout le temps dans le dos des filles trop fines qui magasient chez LUSH le dimanche, d’aller faire trimer mon toupette chez le coiffeur pour qu’y soit drette, de gérer mon instagram pour que j’aie l’air tout le temp chix pis easy going, de scroller mon feed Facebook à la recherche d’un gars qui s’habille bien mais qui a l’air de pas faire exprès de choisir des morceaux qui sont beaux ensembles, de pas mettre de rouge à lèvres d’une couleur ben intense les soirs de fête au cas où que je french l’ami d’un ami qui va être fâché d’avoir toute taché son contour de bouche.
J’suis vraiment fatiguée ça me tente pas de chercher.
Pis de toute façon avant de commencer à énumérer la liste de mes qualités à un musicien qui joue dans le guit dans un band qui s’est même pas rendu en demi-finale des Francouvertes pendant un 5 à 7 oussé que la bière donne envie de fourrer dans une toilette les yeux très fermés y faudrait ben que je guérisse. Que j’oublie l’amour qui est mort à petit petit feu, que j’oublie que ses meubles sont partis, que son calendrier géant de Beyonce en maillot est pu l’élément décoratif principal de notre chambre à coucher. Y faudrait que je me rentre dans tête que si j’oublie mes clés je peux pas l’appeler en braillant pour qu’y vienne me débarrer pis que si toutes mes chums de filles sont trop hangover pour bruncher avec moi le dimanche je peux pas m’attendre à ce qu’y me cuisine un grilledcheeze avec quatre sortes de fromages dedans pour me consoler. Y faut que j’accepte de dormir toute seule même quand je viens d’écouter un film triste qui donne envie de se faire enrouler le corps par des bras qui me font sentir comme si j’étais dans un sleeping bag de nuages. Y faut que change de parfum pour arrêter de sentir dans mes propres chandails l’odeur de notre belle époque finie. Y faut que je choisisse toute seule la plus belle selfie de mon shooting qui va se ramasser sur mon insta. Y faut que je m’attende à ce que ça soit quelqu’un d’autre qui la like en premier pis qu’y commente «esti que t’es chix» dessus. Y faut que je me trouve des amis pour aller à l’épicerie parce que toute seule c’est con. Y faut que je m’achète un oreiller faite sur le long pour le mettre entre mes jambes pis dormir le corps pas trop dans le vide.
Guérir c’est long à date j’ai pas pantoute travaillé sur mes sentiments je fais juste réécouter les quatre saisons de The O.C avec mon t-shirt «Seth Cohen was my first love» sur le dos je veux le rentabiliser y m’a coûté cher. 45 piasses US plusse le shipping pis les estik de douanes. Après le dernier épisode de la dernière saison oussé que tout le monde est heureux enfin-criss je me suis toute chixé j’ai fait des grandes promesses à mes chums de filles je leur ai texté «J’SUIS GUÉRIE J’ARRIVE ON PART SUA RUMBA LES MATANTES» je me suis mise de l’ombre à paupière en checkant un tutorial d’une youtubeuse de 14 ans et demi qui sait comment se maquiller pour avoir l’air d’une guidoune qui a l’air riche j’ai déterré mon seul g-string pour pas que mes bobettes paraissent à travers mes jeans ben ben tigh j’ai commandé un UBER j’ai attendu trois-quatre minutes le temps de me passer le rouleau sul corps pis d’enlever les poils de mon chat qui s’appelle Audrey pis j’ai eu mon down.
Je me suis vu envoyer des émoticônes de bonhomme avec des lunettes soleil pis des verres de vin rouge pis des ananas juste parce que c’est un fruit festif à tous mes contacts célibataires, je me suis vue entrer dans le bar pis me penser bonne parce que le doorman m’a pas fait payer sûrement que je suis chix en criss ou que je fais pitié avec mes yeux qui pleurent de l’air, je me suis vue commander des vodka clamato pour tout le monde, pas respirer pour rien goûter, danser sur une toune de Rihanna qui dit qu’est horny, get low ben comme y faut en ayant un peu peur que mes pants déchirent, suer de la nuque pis faire frisotter mes p’tits cheveux qui embarquent jamais complètement dans ma couette, oublier de payer mon bill, commander un UBER, trop jaser avec le pauvre chauffeur qui veut juste aller se coucher, oublier mes clés à quelque part pis brailler parce que mon chum est pas en train de somnoler sul divan à m’attendre avec deux advils une bonne dizaine de becs endormis pis l’envie de m’entendre raconter comment j’ai faite pour pas puker sul dancefloor même si y’est fatigué.
Je me suis vue faire toute ça faque j’ai annulé mon UBER pis j’ai essuyé mon ombre à paupière. Je me suis libérée de mes jeans serrés pis j’ai roulé dans mon lit qui a de la misère à fournir pour me réchauffer la nuit. J’ai pas dormi pantoute. J’ai ouvert mon ordi. J’suis allée sur son Facebook. J’ai checké ses nouveaux amis. J’ai spotté la plus belle. Je les ai imaginé fourrer un soir pis partir en voyage dans le Maine le lendemain pis s’arrêter au Mcdo pour commander une patate pis un jus de pomme pis passer les douanes avec le sourire la valise pleine de chaudières pour faire des châteaux dans le sable pis s’acheter des hoodie confortables pis manger des lobster rolls pis revenir en char les fenêtres ouvertes pour se faire fouetter la face avec du vent qui donne envie de s’aimer longtemps même si c’est rendu tough aujourd’hui de faire des promesses juste à une personne sans se briser en mille.
Pis j’ai arrêté de respirer.
J’suis sûre qu’y sortent ensemble.
Pis moi j’ai personne. J’ai pas encore trouvé le plus beau de mon Facebook je l’ai pas encore inboxé, je lui ai pas encore écrit un message d’une phrase ben simple avec un point à fin qui dit que son filtre de photo de profil est fucking adéquat pis que j’aimerais ça prendre un verre avec lui un moment donné même si c’est con de passer par le web pour se trouver un ami à frencher les soirs de tempête. J’suis en retard pis l’homme de ma vie a full d’avance dans la compétition de quissé qui va mourir d’amour pour quelqu’un d’autre le plus vite.
J’aimerais ça moi aussi avoir plein de nouveaux amis Facebook pour lui faire peur pour qu’il arrête de respirer pour qu’il m’imagine faire l’amour dans une position qu’on a jamais essayée avec un gars qui a tout ce que lui y’a pas.
À place je choke des soirées de gurlz pour écouter la télé.
J’espère vraiment que ça va pas durer longtemps. J’aimerais ça savoir tout de suite si on va revenir ensemble si on va se garocher dans notre vie d’avant parce que le regret pis l’ennuie pèse trop lourd sur notre quotidien nouveau. J’aimerais ça savoir si dans cinq ans je vais encore penser que c’est l’homme de ma vie ou si je vais en trouver un autre avec le même brillant dans la face avec la même patience plaquée or avec la même douceur de peau avec le même regard d’amour qui se peut pu de nous trouver beau. Pis même à ça je pense que de revenir ensemble c’est comme un fail maintenant faque ça annule la victoire. C’est comme lâcher l’école pour vivre son rêve d’école de surf dans l’Sud pis refaire un bacc après parce que ton voyage au Nicaragua t’as rien amené de bon. Même chose sauf moins ça c’est douloureux pour le cœur.
Faque en attendant je pourrais juste continuer de trouver que je fais pitié d’être mêlée, je vais me faire des selfies dans les cabines d’essayage du Topshop avec du linge que je pourrais jamais me payer sur le dos, je vais loader ma carte Visa avec des restos chers oussé que les serveurs te cruisent parce qu’y sont obligés, je vais organiser des brunchs chez nous avec mes gurlz pour qu’elles me confirment que j’ai le droit d’avoir de la peine aussi longtemps, je vais boire des mimosa en me disant que c’est santé, je vais saupoudrer de likes discrets les comptes Instagram d’une couple de gars qui ont des blondes plates pour pimenter leur quotidien, je vais attendre qu’ils se tannent de leur douce maganée les bras très ouverts avec le sentiment d’être une sauveuse.
Pis je vais bloquer l’homme de ma vie sur Facebook comme ça j’aurai pas à analyser ses friend requests meurtrières.
C’est simple dans le fond ça va ben aller.
Han.