Les Prèfs

En team de trois sur la Parc

22/08/2012

«Le Tourment était la panthère de la jungle moi j’étais genre un pélican non une colombe Brooklyn c’était une aborigène belle team.»

Photo: Sandy Kim

Je buvais du tonic avec pas assez de Gin dedans avec beaucoup de lime et une grosse paille noire courte sur patte comme dans les séries HBO qui se passent l’hiver dans des grandes villes que les bars sont vraiment plusse nice que ceux qu’on a ici même l’été genre des bars avec des murs en aquarium ou genre des bars avec du staff habillé en hôtesses de l’air et l’amie New-Yorkaise du Tourment est débarquée dans une robe bleue pas courte pas longue. Elle avait des gros genoux dans des bas de nylon mais sa bouche faisait oublier que ses genoux étaient comme des genoux de femme de ménage fatiguée de frotter un plancher même pas à elle pis à genoux en plusse.
On avait la même couleur de rouge à lèvres.
Rouge orange mais plus rouge qu’orange dans le noir faque rouge on va dire parce qu’y faisait vraiment noir dans le fond. Elle est débarquée avec sa robe bleue son rouge comme le mien et ses bottes d’hiver avec aussi ses lèvres de je viens pas d’icitte et son accent de je-peins-à-Brooklyn-je-mange-par-terre-sans-gluten et tout d’un coup je suis devenue moins belle.
C’est poche quand ça arrive.
Pour me consoler je lui inventais des troubles alimentaires parce que tout le monde sait que la moitié du temps ton allergie au gluten joue à la cachette avec ta boulimie passagère de bourlet qui fait du va-et-vient avec ta confiance en toi.
Elle était tellement ravie de me rencontrer c’était la première fois qu’on se voyait de face de corps de beautés différentes parce que se stalker sur facebook ça compte pas pis anyway elle elle a juste deux profiles pics dont une que c’est une photo de sa peinture géante c’est comme un peu le paysage orange dans The Lion King mais faite par une étudiante en peinture. Elle était aussi tellement jet lagged (on est jet lagged quand on revient de New-York oui) tellement exausted tellement «Montreal is fucking cold» elle chialait en deux langues pas capable de choisir alors je l’air tirée par le bras pour la montrer au Tourment et qu’il prenne un peu de couleur plus il boit moins il est colorié.
Je l’ai tirée par le bras jusque dans le fond de la salle jusqu’au Tourment qui parlait de ses chansons d’amour avec le bassiste d’un band que-j’aime-presqu’autant-que-j’aime-ma-mère j’ai pitché Brooklyn dans les bras de mon bientôt-j’espère-ostie-amour qui est toujours fâché après la vie peut-être que ça allait le défâcher de voir de l’américanité dans le parté je sais pu quoi essayer anyway.
Elle était aussi belle que sur la seule photo d’elle, elle avait des fesses à croquer dedans même moi j’avais envie de croquer dedans, elle avait des seins à se fourrer la face dedans même moi j’avais envie de fourrer ma face dedans. Pour faire passer les éclairs de sexualités qu’il y avait dans mon ventre, pour faire passer le malaise de nous trois ensemble, pour mieux digérer Brooklyn, pour me trouver égale-belle-si-vous-plè, on a bu des choses fortes tous les trois à rire des faces qu’on fait quand on avale on a tellement bu qu’on avait chaud dehors pas de manteau les genoux de Brooklyn encore plus maganés tellement bu que le Tourment criait son vrai nom dans la rue en se bouchant les oreilles (il est sombre parfois souvent surtout quand il s’agit de son nom). À la toute fin de la fête j’étais tannée de toute faque j’ai appelé un taxi j’ai fourré le Tourment dedans j’ai dit : «Hey Brooklyn t’embarques-tu t’embarques pas si oui fais ça vite sinon babaye». Elle a pas hésité pantoute elle s’est collée à côté de moi et elle a crié une adresse qui sonnait loin le Mile-End et on a roulé vers le Nord en sardines paquetées pis frigorifiées sur la banquette arrière.
Je sentais plus rien plus rien sauf ma cuisse gauche contre celle du Tourment et ma cuisse droite contre celle de Brooklyn. Le trajet était long et pas long en même temps mon presque-amour-dans-pas-long-i-wish était sweet quand même il mêlait ses doigt dans mes cheveux pas trop doucement et il parlait de moi à Brooklyn comme si j’étais pas là il disait que j’étais coquine et belle et coquine et des fois que j’étais une petite garce j’aime pas le mot coquine c’est niaiseux mais venant de lui je prends toute. Je prends toute ça comme du velours. Il souriait les yeux fermés et ses lèvres reluisaient Brooklyn riait comme une anglo et elle se penchait sur moi en déposant sa tête sur mon épaule quand le taxi prenait une grande courbe pis dans le fond même si y’avait pas de courbe elle se collait comme une anglo en manque d’attention.
Parc était toute noire le Mile-End était tout noir ça sentait la sexualité libre qui te tente. Pas gênée pantoute.
Le chauffeur nous a déposé quelque part sur Parc justement mais plus loin pas mal plus loin ma langue pétillait et mes doigts étaient gelés blancs. Le Tourment chantait du Nirvana et Brooklyn racontait une histoire new-yorkaise mais on l’écoutait pas le Tourment avait glissé dans mon oreillle une information qui voulait dire de pas trop toujours l’écouter l’anglo parce que souvent elle disait de la bullshit qu’elle inventait quand elle se promenait dans les transports en commun.
À la queue-leu-leu on est entrée chez Brooklyn moi dans le milieu. L’appartement était presque vide ; pas de table, pas de divan, un matelas dans le salon, des draps blancs, deux oreillers juste deux oreillers une pour le Tourment l’autre à partager entre filles sûrement je sais pas. On a ouvert une bouteille de Brandy on écoutait une toune qui parle de papillons c’était un gars qui a le nom d’un arbre qui chantait on écoutait aussi un CD gravé d’une vieille sèche de Williamsburg qui chante bien et qui vend sa musique dans une ruelle magique qui disparaît l’hiver. Le Troument chantait Brooklyn chantait moi je buvais. J’écoutais pas je regardais le gars que j’aime-fuck il était beau avec ses joues rouges et sa coupe de cheveux et ses bras et ses doigts et son dos et sa bouche et ses tight jeans que je trouve des fois trop tight ça lui fait un bourrelet de fesse et ses bas pas pareils et sa barbe faite.
Ce que j’aime le plus de lui c’est ses palettes d’en avant; la droite embarque sur la gauche ça déforme son sourire quand il garde la bouche fermée.
À quatre heures Brooklyn a débouché son Veuve Cliquot du Duty Free il faisait chaud les vitres étaient toutes en buée mes mains étaient moites et je pouvais voir la sueur perler sur le front du gars tourmenté qui me tourmente l’en-dedans depuis le début de la saison froide on a passé juste une journée tiède ensemble j’ai hâte de voir si nos corps vont bien s’entendre avec l’été. J’étais toute engourdie on l’était tous les trois nos corps étaient mous ils chantaient fort et presque faux moi je buvais et des fois mes gorgées étaient trop grandes et j’en tachais mon t-shirt. Brooklyn dansait tout d’un coup avec ses hanches de rain forest avec ses lèvres de fruit exotique qui existe même pas dans la vraie vie avec ses cheveux mêlés avec ses pieds sales moi je regardais le Tourment avec de la transpiration dans les yeux et de la chaleur sous la jupe. Brooklyn dansait avec des idées sur le corps pis one shot elle m’a pris le visage dans ses mains et m’a tirée vers elle je me suis mise à danser aussi même si j’haïs ça danser j’ai faite une overdose dans le temps que j’étais backup dancer pour des hommages à Plamondon à Granby j’ai des DVD.
Faque hanches de fille contre hanches de fille miam.
Y’avait un Tourment qui trouvait ça cool.
Puis Brooklyn trouvait qu’il faisait trop trop chaud ça lui rappelait ses racines de l’équateur mauvais souvenir sa mère était pas comme les autres elle s’est mise à rire pour rien puis sans m’avertir elle a fait sentir l’air du temps à ses deux seins. Bien blancs et bien roses ils sont sortis du dedans de sa robe et rapidement elle avait juste un tapon de coton bleu autour de sa taille et une queue de cheval pour danser.
Allo les seins de fille collés sur mon coton de t-shirt. Elle trouvait ça drôle la Brooklyn moi mes mains savaient plus où regarder mes yeux savaient plus quoi manger. Je devais partager mon homme-tempête en deux comme une collation une moitié pour moi une moitié pour l’autre. Il s’est levé il a monté le volume de la vieille sèche qui chantait déjà trop fort et il s’est glissé entre nous deux face à elle dos à moi je perdais déjà.
Et Brooklyn m’a demandé :

– Ça te dérange si je l’embrasse tu sais bien que c’est rien tu sais tu sais que c’est de l’amitié c’est juste que là la musique l’heure l’air tu comprends me laisse-tu l’embrasser.

Et j’ai dit oui oui oui oui parce que je voulais sa bouche à elle en échange. Ils s’embrassaient avec le dedans le fin fond de la bouche les seins de Brooklyn contre le jeans de la chemise de notre collation. Moi je trouvais ça beau en même temps que de me trouver laide à les trouver beaux alors j’ai doucement poussé les fesses du Tourment en dehors de nos hanches et j’ai mangé les lèvres de Brooklyn comme je mange des choses sucrées genre de la croustade ou le chocolat deux couleurs des Kinder Surprise.
Notre snack trouvait ça beau il buvait le Veuve Cliquot au goulot et il gardait les yeux ouverts à chaque gorgée pour rien manquer pantoute. Les bulles étaient tannantes un peu elles piquaient les coins de nos bouches on se passait la bouteille on jouait à la bouteille pas de règlement. On se bécotait les trois ensemble moi et lui lui et elle elle et moi elle et moi elle et moi puis des fois on se risquait à se coller les six lèvres les trois langues les trois paires de hanches.
Six mains aussi comme des nœuds beau mash-up de sensations.
Brooklyn avait les seins à l’air moi mes seins étaient libres sous mon t-shirt mais rapidement moi aussi j’étais toute nue d’en haut. Le Tourment trouvait ça beau ça aussi quatre seins pour ses dix doigts.
Mais frencher debout ça fatigue alors on s’est étendu sur le matelas dans les draps blancs pas loin j’aurais aimé mieux qu’ils soient foncés et doux mais ils étaient blancs et secs et trop frais lavés.
On allait laisser des traces de nous trois c’est sûr.
Lentement dans l’effervescence (mot de grown up y faut pass check c’que j’t’en train de faire manne) des bulles chères on s’est mis tout nu les trois comme des hippies (mot pour excuser notre fougue de pas réfléchis). On aurait pu avoir l’air de trois anges dans les draps mais on avait l’air de trois adolescents trop vieux pour être des adolescents.
Et nos affaires de filles se sont mêlées et mon affaire de fille s’est mêlée à son affaire de gars et son affaire de gars s’est mêlée à son affaire de fille. Je les regardait s’aimer sans s’aimer (je pense) je les regardais se goûter comme si toute le souper c’était juss du dessert ; le Tourment goûtait Brooklyn comme si elle était de la tire d’érable sur un bâton de popsicle. Je me cachais aussi des fois en dessous des couvertes mes cheveux détachés entre les jambes cirées de Brooklyn j’avais envie que ça goûte le milkshake au chocolat ou les biscuits au beurre ou la crème glacée dans la rootbeer une fille c’est supposée être sweet ostie. Pis finalement ça goûtait fuck all ça mais anyway c’est wrong d’analyser les saveurs du vagin d’une fille que je connais même pas pis qui parle deux langues pis qui fais de la peinture qui ressemble à des paysages de films de Disney.
C’était du peau à peau à corps à bouche à sexe à peau à dos whatèveux.
Le Tourment était la panthère de la jungle moi j’étais genre un pélican non une colombe Brooklyn c’était une aborigène belle team.
Notre sexualité s’est lentement perdue dans le sommeil et dans le matin qui arrivait trop vite les stores étaient grands ouverts sur Parc les gens auraient pu nous regarder par la fenêtre se toucher ils auraient pu aussi entendre quelqu’un ronfler peu importe qui on alternait. Mais juste uste avant de s’endormir sans le savoir mon amour-partagé-finalement et moi silencieux on a fait l’amour juste les deux Brooklyn respirait fort dos à notre nous en un. On a fait l’amour et doucement dans mon oreille juste avant que ça finisse il m’a dit : «c’est avec toi que j’aime ça le plusse c’est avec toi que j’aime ça tout court tu le sais hein je t’aime tu me fais penser à un oiseau super fin».
J’ai simplement répondu «oké» et j’ai embrassé ses cheveux mouillés de cocktail de filles on s’est garoché dans le sommeil on était mêlés nous deux ensemble collés avec la colle de notre transpiration.
Et en équipe de trois on a dormi un emboîté dans l’autre emboîté dans l’autre.
En fin fin d’après-midi quand le soleil se couchait presque bientôt on s’est réveillé à demi parce que le concierge cognait fort dans la porte il criait «awaye ouvre-moi ma beauté c’est Michel le concierge je viens réparer ta sécheuse je sais que t’es là je sais que t’es là.» Sans avertir il a déverrouillé la porte pis il nous a surpris à dormir à moitié enroulés dans les draps blancs.
Brooklyn s’est habillée en vitesse elle enfilait tout ce qu’elle trouvait mon t-shirt ses bobettes un de mes bas la chemise du Tourment.
– Michel c’est parce que mon frère pis sa blonde sont en visite et tu vois que j’ai juste un lit alors t’sais ça look weird mais c’est juste parce que j’ai juste un lit.
– Ma beauté c’est un peu spécial les trois tout nus en gang de même mais j’ai appris à pas juger je vais faire ça vite.
Et Michel se gênait pas il a traversé la pièce avec son coffre à outils en sifflant avec sa moustache et il a gossé dans la salle de bain la porte fermée. On en profitait pour se réveiller pour vrai mon Tourment embrassait mes épaules et Brooklyn calmait le malaise en racontant une autre histoire en franglais; elle racontait la fois qu’elle avait peint des fleurs à Central Park ça me rassurait presque.
Et je pense qu’on était encore tout plein de Veuve Cliquot parce que comme si de rien Brooklyn s’est débarrassée de ses sous-vêtements en gardant mon t-shirt sur le dos et on a recommencé à se flatter la peau les trois ensemble.
De jour.
Michel dans la salle de bain.
La sécheuse en train de se faire réparer.
C’était meilleur on sentait les choses un peu plus.
Après ça la deuxième nuit était plus calme mon corps avait pas été à la verticale depuis trop de temps je m’enfonçais dans le matelas je me cachais en dessous du Tourment pour dormir. La deuxième nuit sentait le sexe fatigué le repos pas mérité et l’ambiguïté corporelle. La deuxième nuit sentait pas l’amour secret ni la complicité ni le peu de douceur qu’on entretien habituellement moi et lui.
Au matin trop tôt pour éviter le mal de corps de tête le mal de cœur qui reste et qui colle aussi le téléphone de l’homme dans l’équipe s’est mis à sonner à gorge déployée ; la ville au complet voulait lui parler et le flatter. Il en avait pas assez de Brooklyn et moi pour sa peau d’enfant royauté il parlait au téléphone la bouche en éponge la bouche en styromousse.
Je devais récupérer mon t-shirt j’étais tannée je pense pas le choix rendue là.
– Hum j’suis un peu tannée d’être tout nue tu penses-tu que tu pourrais me redonner mon t-shirt s’te plaît.
– Oh god that’s yours ? J’ai tellement de fringues que j’ai même pas fait la différence. Sorry babe.
Elle utilisait le mot fringue comme si c’était courant dans le Mile-End elle parlait franglais pour être confortable elle m’appelait baby babe babe baby babe gnan gnan gnan. Mon t-shirt sentait sa peau elle sentait moi aussi mais moi mélangée à elle parce qu’on s’était mélangées toute la nuit.
Mon t-shirt devait se sentir niaiseux.
Lentement assise au pied du lit elle l’a garoché par dessus sa tête pour faire respirer sa peau épaisse aussi puis elle s’est retournée vers moi comme si ses deux seins avaient encore quelque chose à me dire.
– J’aimerais ça avoir tes seins à toi sont petits et roses et I don’t know I just love the way they look.
Avec mes dix doigts j’ai touché le bout de mes seins ils étaient froids et plus petits que d’habitude ils se cachaient un peu de la fille au pied du lit. Sans me laisser parler elle a fait glisser ses petites culottes bourgognes jusqu’à ses chevilles et les a pitchées plus loin avec son pied doucement elle s’est cachée sous les draps à côté de moi dude on est pas des amies je sais pas questu fais.
– Do you work out cause I don’t.
– Non je work out pas je fais juste pas manger beaucoup j’ai un appétit d’oiseau genre.
Notre Tourment jasait au téléphone avec deux couches de sexualité autour de la bouche je trouvais le temps long sans lui entre Brooklyn et moi. Lentement doucement presqu’amoureusement elle s’est mise à démêler mes cheveux avec ses doigts avec ses ongles mauves foncés foncés elle tressait mes cheveux ou peut-être qu’elle voulait me les mêler soft méchamment peut-être qu’elle voulait faire des nœuds dedans je la laissais faire. C’est elle l’aborigène moi je suis la colombe.
Puis ma moitié de love a raccroché.
– J’ai faim les filles.
Il était tout nu debout devant nous le corps dans l’air sale de l’air qui avait traîné là pendant deux nuits à se mêler à nos températures à nous trois à nos soupires et à nos chorégraphies. Je voulais me rhabiller retrouver mon t-shirt je m’ennuyais je voulais redevenir propre je voulais enlever de sur ma peau nos trois odeurs alors j’ai inventé que moi aussi j’avais faim.
– Je mangerais un hot-dog. Ketchup moutarde.