Les Prèfs

Drew si te plè

28/02/2013

«Y’a un je-m’en-criss chez certains camel toe qu’on peut facilement envier oui.»

Photo: Margaret Durow

Souvent mettons plus souvent que permis on mange des hamburgers avec rien dedans on n’a pas beaucoup d’argent lui il traîne même pas de porte-feuille pis moi je fais toujours semblant que j’suis riche. Ça passe bien j’suis comédienne à ma façon je pourrais facile jouer dans une émission.
– On part-tu à Vegas voir la Céline pis frencher des putes pis se tatouer des monarques proche du vage.
– Trop bonne idée ma VISA est emptyyyyyy.
Comédienne je l’ai callé.
On se fait souvent des accroires; on va se paqueter avec de la Milwaukee dans un apportez votre vin cher on mange la triade de la mer à 26 piasses on goûte rien parce qu’on a le nez bouché (on se passe la grippe none stop) ou ben parce qu’on est tipsy la bouche engourdie six cannettes chaque. Pendant un souper comme ça on passe par toutes les émotions on énumère les célébrités qu’on trouve belles moi je pars à brailler quand je rationalise qu’il a Megan Fox de tatouée sur le chest lui il se fâche quand j’énumère des androgynes qui font des duckfaces sur tumblr.
On fait accroire au serveur qu’on s’en fout du bill on commande du dessert on haït ça le dessert c’est pour les vieux le pouding chômeur. On boit tout ce qu’on peut boire on close le resto on note le numéro de l’hôtesse dans mon téléphone on lui fait chacun un clin d’œil en sortant je lui dis qu’elle a des beaux cheveux elle dit non toi plusse je dis oké (j’avoue les siens sont ordi). Ce soir-là vu qu’on avait bu beaucoup de choses en mangeant notre triade de la mer et toute le reste on se sentait libre de partout surtout libre du bas du ventre (les parties plutôt sexuelles) on se sentait pas comme les autres on aurait pu partir un lib dub dans hochelague on aurait pu faire le tour de l’île en se tirant sur un traîneau chacun notre tour on cherchait vraiment une façon de vomir notre liberté qui venait de popper après le souper fallait vraiment que ça sorte on en avait mal au cœur de garder ça en dedans toute cette fougue amoureuse-là on aurait pu ce soir-là se donner mutuellement un doctorat honorifique de la belle émotion libre.
Alors vite rapidement pour pas changer d’idée on a appelé l’hôtesse elle finissait son shift elle nous a rejoint pas longtemps après le pitonnage de téléphone elle avait les cheveux attachés pis elle portait le pire t-shirt de la planète des pires t-shirt elle l’avait sûrement acheté au New Jersey en pensant qu’elle pourrait faire passer ça pour un souvenir de son voyage à New-York.
Moi quand elle est entrée dans le salon je pleurais déjà du vin pis de la Milwaukee on aurait pu me tordre pis se resservir des verres j’suis sûre facilement on avait bu notre poids en boisson moi j’suis grande en fuck c’était pas juste mais elle a rien vu elle pensait sûrement que j’étais gênée d’être une mini-lesbienne. Tout de suite elle a enlevé son chandail elle avait une brassière avec des cerceaux une vraie brassière sûrement de chez La Senza ça faisait longtemps que j’en avais pas vu une vraie mes totons aiment pas ça eux des prisons surtout quand elles sont genre silky mauves avec des bretelles amovibles pour quand tu portes un tuuuuuube.
Les trois tout nus on était assez bien des fois on se touchait mais on aurait pas pu être des amoureux j’étais déçue parce que l’été passé j’étais dans le bus on revenait de Sitges (genre c’est en Espagne ça just so you know j’suis une voyageuse c’est écrit dans mon CV) pis on avait plein de coups de soleil moi pis mon amie que j’aime appeler Marioche on était rouges pis aussi on était fatiguées on avait enroulé nos serviettes de plages en turbans sur notre tête et on faisait des bulles avec du virgin pina colada dans notre Thermos. On avait capoté en voyant le plus beau spectacle amoureux de toute notre vie y’avait deux tchéx qui ressemblaient vraiment à des Pocahontas un peu hippies pis un gars qui aurait facilement pu jouer dans une team de Polo qui se frenchaient. Y faisaient ça les trois ensemble j’aurais pu être photographe pis les pogner en photo j’aurais fait une expo avec juste leurs faces qui se mangent le pire-mieux dans tout ça c’est qu’ils avaient vraiment l’air de s’aimer le dedans je veux dire ils avaient l’air de vouloir se sauver l’un l’autre avec des sentiments polyvalents.
Depuis ce temps-là des fois j’ai un espoir-embryon de les recroiser pis de scanner leur âme.
Mais bon y’avait moins mille love je pense que finalement moi pis lui on avait juste envie de se manger l’envie les deux ensemble et y’avait l’hôtesse qui était mêlée en fuck dans son identité sexuelle faut pas lui en vouloir elle avait pas de bouée amoureuse pour la setter dans le béton elle avait juste des rêves érotiques dans le fond de sa sacoche.
Et puis on s’est endormis les trois âmes vraiment pas entremêlées le matin est arrivé dans un battement de paupières et j’avais vraiment pas envie de déjeuner elle est partie en douce avec mon froc en jeans avec un patch des frères Hanson la criss j’ai deleaté son numéro de mon téléphone et on a fait l’amour comme si on allait mourir dans une couple de minutes. Sans elle. Pu besoin.
En revenant chez moi cet après-midi-là avec pas de manteau je me suis mise à soft-paniquer je voulais pas avoir brisé nos envies de liberté je voulais pas arrêter d’être fougueusement wise le vent soufflait fort mes doigts étaient gelés je les réchauffais entre mes cuisses dans mon linge en arrière du bus personne voyait que j’avais les mains fourrées dans mes pants. J’avais le nez qui braillant faisait frette mais aussi je pense que je sentais ma peau s’épaissir pis mon cœur se coller des points d’interrogations sur les parois. Comme une fille qui pensait pas.
J’ai sorti mon sharpie j’avais juste ça pis je me suis mise à dessiner un portrait de moi pis de lui dans plein de belles situations d’amour je dessinais dans mon journal intime les pages de la fin je les garde pour des dessins justement.
J’écrivais dans mon journal que ma repousse de cheveux me gossait pis que je m’ennuyais de mes amies du secondaire elles auraient jamais fait ça elles tester leur âme sexuelle de même avec une hôtesse de restaurant cher. Je la trouvais belle ça aurait pu être correcte parce qu’après j’aurais pas eu à me retrouver dans mon propre labyrinthe de points d’interrogations comme de la tapisserie de cœur intérieur. Imagine c’est dull en criss d’avoir de la ponctuation comme décoration émotionnelle.
Des fois je pense aux filles justement celles de mon secondaire pis je pense à celles qui seraient game de se mettre toutes nues avec nous je pense à toutes les sortes de filles je les trouve belles des fois elles ressemblent à Drew Barrymore et ça m’angoisse quand elles ressemblent à des filles comme Drew elle a quand même joué dans Ever After pis dans E.T. pis en plusse elle fait des annonces de produits de beauté.
Et toutes les sortes de filles peu importe la sorte de fille on se regarde toutes, han. Entre nous. Entre filles qui pourraient tomber de haut n’importe quand. Entre bébés gâtées de la grande ville. On s’habille toute pareil on se maquille la face avec des shows acoustiques le vendredi soir après la bière de la couleur de nos cheveux. On se regarde toutes, han. Changer d’idée 100 fois dans une journée hésiter entre s’aimer pis pas s’aimer, entre se trouver photogénique ou pas, entre regretter notre dernier tatouage sur le bras qui dit que la vie est belle genre une toune de The Turtles ou pas, entre être nostalgique de nos cheveux foncés ou pas, entre s’essouffler à détester les garçons d’avant ou pas, rire de leur vie présente ou juste les trouver ordinaire, les oublier presque. On se regarde toutes, han. Magasiner sur internet. Pratiquer nos pick-up lines dans des inbox gênés. Être pas mal plus belle sur notre photo de profile que dans la vraie vie sans gros flash de snapshot. Fantasmer sur des hommes à la sexualité ambigüe; Christopher Owens pis Ezra Miller surtout. Se convaincre qu’on peut être la geek dans les films d’amour, la fille que le gars cool tombe en amour avec on s’imagine vraiment être cette fille-là; Mandy Moore dans A walk to remember, Rachel Leigh Cook dans She’s all that ah pis criss Drew Barrymore dans Never Been Kissed aussi. Drew laisses-en steplè. On se regarde toutes. Entre anciens mythes de garçons qui nous oublient pas comme des princesses de Disney qui fourrent pis qui se laissent tirer les beaux cheveux. Hardcore Raiponce peut-être. On se regarde toutes, on regarde les autres qui portent le camel toe mieux que nous, on envie la nonchalance de la couture de jeans de l’autre confortable dans la crutch, y’a un je-m’en-criss chez certains camel toe qu’on peut facilement envier oui. On se regarde le double menton, le poids de l’hiver, on se regarde les dessins que nos grains de beauté forment dans notre dos, les gars aiment ça relier les points dans le lit après l’exercice. On se regarde les liens d’amitié tu regardes si j’ai des amis célèbres je regarde si le dernier disque de ton chum a eu beaucoup d’étoiles dans le Voir.
Et pendant ce temps-là pendant qu’on perd notre temps à se checker à s’analyser l’épaisseur de la peau à se juger les clavicules qui ressortent trop à se diagnostiquer des troubles alimentaires parce que l’autre est certainement pas aussi belle en étant en santé aussi, pendant qu’on perd notre temps à se donner des prix de présence des médailles de filles des macarons empoisonnés, les gars eux ils regardent des films.
Ou ils check des photos de filles qui existent loin avec pas d’émotion.
Pis après ils pensent à leur blonde. Ils sont bien. Ils font pas d’association. Ils comparent pas c’est trop long et c’est correcte.
Pendant ce temps-là ils sortent les poubelles une semaine sur deux ils veulent entretenir le balcon pour la saison qui vient. Ils souhaitent secrètement s’occuper une plante, pas la faire mourir, la voir grandir, mais rapidement ils oublient leurs projets botaniques ça paraît mal vouloir s’occuper de quelque chose comme ça. Ils écrivent des poèmes d’amour eux aussi souvent ils les écrivent pour leur blonde quand ils s’ennuient parce qu’elles travaillent dans les magasins et que la fin de semaine ils ferment tard, ils écrivent des lignes d’amour avec un crayon à mine mais juste dans leur tête jamais dans la vraie réalité sinon ça paraît mal et ils passent pour des papas déjà. Ils font des listes eux-aussi des listes qu’on lira jamais on serait surprise de connaître leurs énumérations je suis sûre moi que les garçons énumèrent leurs peurs en ordre alphabétique ils énumèrent sûrement aussi leurs insécurités corporelles et après ils cachent cette liste-là dans un tiroir intérieur barré quadruple tour.
Un gars c’est rare que ça se trouve beau pis laite ça pense pas à ça mais des fois ça existe des rechutes quand tu tombes face à face avec ta masculinité devant le miroir ça te pogne tu t’en attends pas pis tu te mets à avoir une opinion sur ta face de gars qui pense plus ou moins. Ça leur arrive je suis sûre.
Ça les tue.
Quand ça arrive.
Et on mélange toute ça on laisse sortir les élans adolescents on les étend partout on passe nos malaises à travers des threesome oubliés on déjeune même pas ensemble on va se laver vite après on se savonne pour s’enlever une couche de choses pas assumées on reste dans nos têtes les filles dans une belle bulle de bain sur pattes les gars dans un carré de sable dans un terrain de guerre dans une maison en lego.
On mélange toute ça et on sait même pas si ça nous fait du bien.
On demande à la vie si on est beau pis elle répond pas pantoute.